Lorsque l’on évoque la Sierra de Guara, ses gorges calcaires et ses eaux limpides, il est aujourd’hui difficile d’imaginer que ces canyons furent longtemps ignorés, redoutés, voire considérés comme infranchissables. Bien avant que le canyonisme ne devienne une discipline sportive reconnue, Pierre Minvielle a été l’un de ceux qui ont osé s’y aventurer, les explorer, les comprendre et surtout les raconter. Par ses explorations pionnières et par ses écrits, il a joué un rôle déterminant dans la découverte et la reconnaissance de la Sierra de Guara comme haut lieu mondial du canyonisme.

Pierre Minvielle découvre la Sierra de Guara en 1950, à l’âge de quinze ans, lors d’un séjour avec son père, lui-même tombé sous le charme des paysages de la région. Ce premier contact avec les gorges du Mascun est une révélation. À cette époque, Rodellar est un village isolé, pauvre, peu fréquenté, et les canyons sont perçus comme des barrières naturelles. Elles intriguent et effrayent. Pour Pierre Minvielle, au contraire, ces entailles profondes dans la roche deviennent un terrain d’aventure et d’exploration.
Dès le début des années 1950, Pierre Minvielle entreprend ses premières reconnaissances systématiques des canyons de Guara. A chaque sortie, il note ses observations ou dessine des croquis de paysages ou de canyons.

Le canyonisme moderne n’existe pas encore et ses équipements tels que la combinaison néoprène. L’accoutrement de l’époque consiste en un chemise en coton et de grosses chaussettes en laine. Bref, ces explorations relèvent d’une véritable aventure pionnière. En 1956, il réalise la première du Mascun Supérieur qui est un tournant marquant dans l’histoire de la Sierra de Guara. Il est à noter qu’à l’époque les premières de ces canyons s’effectuent en les remontant pour être sûr de pouvoir faire demi-tour s’ils butent face à un obstacle infranchissable.

Au cours des années 1960, Pierre Minvielle approfondit ses explorations et s’attaque aux grands canyons emblématiques de la Sierra de Guara. Il réalise notamment la première des Estrechos du Balces, aujourd’hui parcouru quotidiennement.
Spéléologue de formation, il applique à ces canyons une approche inédite, issue de sa propre pratique souterraine – progression à contre-courant, remontée de cascades, franchissement de chaos rocheux – et les moyens sont rudimentaires – cordes lourdes, échelles de cordes, mâts artisanaux en alu. Pour la petite histoire, Pierre ne savait pas nager (ou en tout cas nageait vraiment très mal !) et les biefs – grande section de nage – parfois obligatoires étaient franchis par un bon nageur de l’équipe, souvent Jean-Marc Thuilleaux.

Il réalise, avec son équipe, la première descente, cette fois, du Rio Vero en bivouaquant dans les gorges et il démontre qu’elles peuvent, malgré leur encaissement et leur complexité, être parcourues dans leur continuité. Cette exploration est racontée dans son livre Rio Vero, disponible ici.
L’apport de Pierre Minvielle ne se limite pas à l’exploration. Il joue aussi un rôle clé dans la transmission : par ses écrits, ses récits de voyage et ses topos, il fait découvrir la Sierra de Guara à un public plus large. Ses ouvrages et récits, à la fois précis et poétiques, décrivent les canyons, les villages isolés, les habitants et questionnent la relation entre l’homme et la nature dans cette atmosphère singulière qu’est la Sierra de Guara et ses paysages “dévastateurs de l’âme”. Il publie également des descriptions d’itinéraires qui feront office de premiers topos, servant de référence aux générations suivantes de spéléologues et de canyonistes.


En mettant en lumière un territoire longtemps ignoré, il participe également à son développement touristique raisonné et à la prise de conscience de la nécessité de préserver ces milieux fragiles et c’est en 1990 qu’est créé le Parc naturel de la Sierra de Guara qui encadre aujourd’hui la pratique du canyoning tout en protégeant l’environnement. Une description humaine et poétique de la Sierra de Guara à l’époque de sa découverte, bien différente de celle que l’on connait aujourd’hui, est faite dans son livre La Sierra Oubliée. Celui-ci n’est plus édité mais vous pouvez vous le procurez, au tarif de 15€ (hors frais de port), en écrivant ici :

Le village de Rodellar incarne aujourd’hui l’esprit du canyonisme et de l’aventure. En hommage, une place porte désormais son nom. L’inauguration de cette plaque date de 1979 et reconnaît l’homme qui, par sa curiosité, son audace et sa plume, a révélé ces canyons au monde et contribué à transformer une région oubliée en territoire de partage et de découverte en famille ou entre amis.

Désormais, sa fille, Caroline Minvielle, troisième génération à tomber amoureuse de la Sierra de Guara vous accueille au sein d’Obsession Minérale pour découvrir à votre rythme ses joyaux de canyons. Ainsi, à travers sa fille, l’esprit d’aventure et le respect de la nature qui animent le canyonisme moderne restent associés à son nom et perdurent en Sierra de Guara.

Si vous souhaitez découvrir le canyon ou l’escalade en Sierra de Guara : c’est par ici !



