{"id":3340,"date":"2018-12-24T09:53:00","date_gmt":"2018-12-24T08:53:00","guid":{"rendered":"https:\/\/obsessionminerale.com\/?p=3340"},"modified":"2026-02-02T21:19:22","modified_gmt":"2026-02-02T20:19:22","slug":"voyage-velo-grimpe-autour-de-ladriatique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/obsessionminerale.com\/en\/voyage-velo-grimpe-autour-de-ladriatique\/","title":{"rendered":"Bike-climb trip around the Adriatic"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Initialement intitul\u00e9 <em>Bat\u2019kar\u00e9 en Roue et en Cord\u00e9e<\/em>, ce texte vous pr\u00e9sente les aventures verticales et cyclistes de deux amis autour de la Mer Adriatique.<br><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>R\u00e9alisation de la couverture&nbsp;: Julien Moreau<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\">Note de l\u2019auteur&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\">La plupart des textes de ce carnet de voyage ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits au cours de l\u2019aventure, et publi\u00e9s instantan\u00e9ment sur une page Facebook d\u00e9di\u00e9e. Afin de parler autant \u00e0 mes proches qu\u2019\u00e0 ceux de Clem, le choix de la 1<sup>\u00e8re<\/sup> personne du pluriel a \u00e9t\u00e9 retenu. Aussi, le format et l\u2019\u00e9criture de ce livre n\u2019ayant pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9s au pr\u00e9alable, il est possible que le d\u00e9but de l\u2019ouvrage soit plus d\u00e9cousu au niveau de la r\u00e9daction, mais j\u2019ai souhait\u00e9 conserver l\u2019esprit original.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Liste des secteurs et des grandes voies visit\u00e9s en fin d&rsquo;article avec la vid\u00e9o du voyage !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">[Km 0] A\u00e9roport de Nantes, 9 septembre 2018&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Cela ne fait pas moins de 10 mois que nous avons \u00e9voqu\u00e9 ensemble pour la premi\u00e8re fois avec Clem l\u2019id\u00e9e de faire un grand projet d\u2019aventure en r\u00e9unissant plusieurs de nos passions&nbsp;: le voyage, l\u2019escalade, le v\u00e9lo et la slackline.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Pour commencer, <em>Bat&rsquo;kar\u00e9<\/em>&nbsp;signifie en cr\u00e9ole r\u00e9unionnais se balader, vadrouiller. L\u2019objectif de notre projet d\u2019aventure est de traverser l\u2019Italie, la Croatie, le Mont\u00e9n\u00e9gro, l\u2019Albanie et la Gr\u00e8ce \u00e0 v\u00e9lo afin de grimper et slacker sur des sites d\u2019escalade connus ou m\u00e9connus. L\u2019id\u00e9e est de se <em>confronter physiquement \u00e0 la g\u00e9ographie<\/em> comme le dit si bien St\u00e9phanie Bodet. Nous orienterons nos projets au maximum vers les grandes voies et les itin\u00e9raires d\u2019ampleur dans des lieux tel que Paklenica, Omis ou encore les M\u00e9t\u00e9ores. Attach\u00e9s \u00e0 la polyvalence et la transversalit\u00e9 des activit\u00e9s de montagne, nous d\u00e9sirons \u00e9galement ouvrir ou r\u00e9p\u00e9ter des waterlines et des highlines sur ces falaises mythiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Dans la logique des valeurs v\u00e9hicul\u00e9es par ces activit\u00e9s : respect de la nature, rencontre, partage, nous relierons nos \u00e9tapes \u00e0 v\u00e9lo. Objectif : montrer qu\u2019il est possible de voyager sans moyen motoris\u00e9 avec le mat\u00e9riel technique. Nous p\u00e9dalerons environ 3000km avec un poids total estim\u00e9 \u00e0 35kg par personne (hors eau et nourriture).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Le v\u00e9lo de Max s\u2019appelle Livingston, nom inspir\u00e9 du go\u00e9land qui d\u00e9passe sa condition pour devenir un aviateur&#8230;Puisse-t-il faire vivre le rocher sous nos doigts de grimpeurs ! Pour l\u2019anecdote, Max a red\u00e9couvert cette courte histoire juste avant de faire l\u2019acquisition de son v\u00e9lo en suivant les conseils de lecture de Bernard, un base-jumper de 69 ans ayant commenc\u00e9 cette discipline extr\u00eame deux ans auparavant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Joshua, le compagnon de longue date de Clem, qui l\u2019a suivi pendant ses ann\u00e9es d\u2019\u00e9tude, retap\u00e9 \u00e0 neuf pour le voyage et dont le nom est tir\u00e9 du mythique navire qui a fait la l\u00e9gende de Moitessier&#8230; Voil\u00e0 qui devrait nous porter chance pour affronter les vagues bitumesques et les al\u00e9as d&rsquo;une route dont le chemin reste \u00e0 tracer !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Pour pr\u00e9parer au mieux le mat\u00e9riel, et afin de ne rien oublier, nous le divisons en plusieurs cat\u00e9gories. Premi\u00e8rement, le mat\u00e9riel d\u2019escalade dans lequel nous avons tout le n\u00e9cessaire pour faire des voies d\u2019une ou plusieurs longueurs. Nous faisons le choix d\u2019emporter une corde \u00e0 simple de 80 m\u00e8tres. Deuxi\u00e8mement, le mat\u00e9riel de highline qui doit nous permettre de tendre une ligne de 50 m\u00e8tres au maximum. Troisi\u00e8mement, les outils de v\u00e9lo, pour palier \u00e0 des pannes \u00e9ventuelles et s\u2019adapter aux diff\u00e9rentes conditions climatiques que nous allons rencontrer. Quatri\u00e8mement, les \u00e9quipements de bivouac&nbsp;: nous faisons le choix d\u2019une tente par personne afin de conserver une certaine intimit\u00e9 et un espace vital qui pourra s\u2019av\u00e9rer n\u00e9cessaire \u00e0 la survie de la team. La pharmacie de bord est plut\u00f4t succincte et l\u00e9g\u00e8re, car nous ne serons jamais bien loin d\u2019agglom\u00e9rations en cas de souci. Puis les v\u00eatements personnels, plut\u00f4t compos\u00e9s de textiles l\u00e9gers, s\u00e9chant vite et de doudounes pour les soir\u00e9es sous les \u00e9toiles. Et pour finir, carnets, livres, jeu de cartes et appareils \u00e9lectroniques (smartphones, appareil photo, enceinte portative et batteries externes). Nous arrivons \u00e0 caser le tout dans les quatre sacoches fix\u00e9es sur nos porte-bagages avant et arri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Au niveau du financement, nous avons eu la chance de remporter une bourse d\u2019aventure de 1500 euros offerte par ZEOP une soci\u00e9t\u00e9 de t\u00e9l\u00e9communication r\u00e9unionnaise, partenaire de l\u2019association Au bout du r\u00eave qui organise le festival du film d\u2019aventure de la R\u00e9union. Nous avons \u00e9galement eu des r\u00e9ductions int\u00e9ressantes sur du mat\u00e9riel de Slack Inov\u2019. Pour le reste, c\u2019est de l\u2019apport personnel, et nous pr\u00e9voyons de d\u00e9penser environ 20 euros par jour et par personne.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh5.googleusercontent.com\/k-6eD2YO6lHyEE4F7aC5ZowaGc3s2hGJxMCH1IM6gTGinwykAWU3jC30P-DXWHTBQ7EsXTVnatPjbx3Dd9qrYIMq1Xw-uBInMThnhmDXUSZ7u0to_ZBZxb3WYH2tMyfMN7ZCT9nk9kN7oit_I9W7DRy_FdACzbG2ZVm4rlgvqi-TyO8wBmhNGlQ1tg4DSpicq23u_WLmPw\" alt=\"Obsession Min\u00e9rale - Escalade et canyoning \u00e0 Rodellar et en Royans-Vercors\"><\/figure>\n\n\n\n<p><em>Clem prend la pose le matin suivant notre premier bivouac. Son v\u00e9lo, Joshua est \u00e0 gauche, et Livingston, \u00e0 droite de la photo.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">[Km 217]&nbsp;D\u00e9buts d\u00e9sorganis\u00e9s et d\u00e9couverte du voyage \u00e0 v\u00e9lo<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">L\u2019aventure est bel et bien lanc\u00e9e. Et c&rsquo;est tout ce qu&rsquo;on pouvait attendre de nos deux premiers jours de voyage. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre retrouv\u00e9 \u00e0 l\u2019a\u00e9roport de Nantes, nous avons empaquet\u00e9 nos v\u00e9los dans de grands cartons et laiss\u00e9 les bestiaux dans le circuit des bagages surdimensionn\u00e9s. Au moment de rentrer dans les salles d\u2019embarquement, Clem ne parvient plus \u00e0 mettre la main sur son passeport, alors qu\u2019il l\u2019avait quelques minutes avant pour l\u2019enregistrement ! Impossible de le retrouver, m\u00eame apr\u00e8s avoir vid\u00e9 trois fois ses poches et son sac. Et c\u2019est en faisant exactement le trajet et les gestes des cinq derni\u00e8res minutes que nous le retrouvons\u2026 dans une poubelle&nbsp;! Jet\u00e9 par m\u00e9garde avec les papiers du sandwich achet\u00e9 juste avant. Cela promet de belles marges de progression au niveau de l\u2019organisation de nos affaires. Le stress redescend, nous rigolons de cette gaffe, et nous envolons illico pour Venise.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">La nuit est tomb\u00e9e depuis quelques heures lorsque nous d\u00e9barquons non loin de la cit\u00e9 des Doges. Nous remontons nos v\u00e9los, gonflons nos roues dans l\u2019a\u00e9roport et roulons vingt kilom\u00e8tres, de nuit, sur une route \u00e0 quatre voies peu adapt\u00e9e pour les cyclo-voyageurs. Les voitures de sport italiennes vrombissent \u00e0 toute vitesse sur notre gauche. Heureusement qu\u2019il est minuit car le trafic n\u2019est pas tr\u00e8s dense, et nous d\u00e9cidons de poser notre bivouac dans le premier champ convenable que nous trouvons au bord de la route. Le lendemain, des r\u00e9glages inadapt\u00e9s sur Livingston provoquent la premi\u00e8re rencontre avec un italien avide d\u2019aider des cyclistes et le premier caf\u00e9 \u00e0 base de grappa pour bien repartir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Puis les bornes s&rsquo;encha\u00eenent, dans une lagune aussi plate que monotone. L&rsquo;envie de grimper nous d\u00e9mange, alors nous tra\u00e7ons notre route. Nous nous perdons dans des stations baln\u00e9aires italiennes, cul de sacs exasp\u00e9rants pour le voyageur \u00e0 v\u00e9lo qui recherche l&rsquo;efficacit\u00e9 du kilom\u00e8tre parcouru.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Le lendemain, nous roulons vite malgr\u00e9 de nouvelles gal\u00e8res, cette fois sur Joshua qui inaugure la premi\u00e8re crevaison du voyage. Les pizzas de la veille nous donnent l&rsquo;\u00e9nergie n\u00e9cessaire pour rejoindre la c\u00f4te Adriatique du Nord, fini les lagunes, le paysage change et du rocher appara\u00eet, all\u00e9luia. Mais il fait tr\u00e8s chaud, plus de 30 degr\u00e9 \u00e0 partir de 10h du matin. Alors nous nous r\u00e9fugions au sein des terres et des for\u00eats de la province de Trieste. Un retour \u00e0 notre tribalit\u00e9 primaire dans la Grota Caterina qui nous h\u00e9berge le soir-m\u00eame. Enfin du rocher, de quoi fixer une slackline et de beaux projets pour les jours \u00e0 suivre.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh3.googleusercontent.com\/jOu0wFA9Q697ZxGqHCnJPwwG-hXsf37MGR8DchkVrwuWUBQg2lgq7mrW97wBzTpVgwIbqnI_HNVaFIgwzlWcEyI2NIEudRLbnUlA3ZV0Fr1MR8KDPN0zuISQP50RTIrNVaAy8q_BODZecLtyRWf8nSxBzLRIlmU48MBoKd8O5wbEsRlpFr_9BgdMdLizyqji8DANdIgjMQ\" alt=\"Obsession Min\u00e9rale - Escalade et canyoning \u00e0 Rodellar et en Royans-Vercors\"><\/figure>\n\n\n\n<p><em>Max sur les lignes droites entre Venise et Trieste.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">[Km 298] Premi\u00e8res escalades<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">De voyageurs horizontaux nous sommes devenus explorateurs de la verticalit\u00e9. D&rsquo;abord dans la Grota Caterina, sanctuaire de notre premier bivouac \u00e0 Trieste, puis sur les falaises du village slov\u00e8ne d&rsquo;Osp, et enfin, depuis hier non loin du village croate de Buzet, dans le joli Buzeti Kanjon. Nous sommes impressionn\u00e9s et souvent intimid\u00e9s par le rocher que nous trouvons face \u00e0 nous. Pendant ces six jours de grimpe nous nous sommes mesur\u00e9s \u00e0 des voies de tous les styles : de grandes couennes (voies d&rsquo;une longueur) verticales et parfois z\u00e9br\u00e9es de fines fissures dans lesquelles il faut placer nos doigts avec pr\u00e9caution. Des voies ultra-d\u00e9versantes dans des grottes sur des stalactites et colonnettes suintantes, d&rsquo;un niveau que nous sommes encore loin de pouvoir encha\u00eener. Des grandes voies de plusieurs longueurs qui nous poussent dans nos limites mentales, nous gratifiant ensuite des plus beaux paysages. La complicit\u00e9 se cr\u00e9\u00e9 entre nous deux, les manipulations se fluidifient et la confiance se noue, solide comme un double-huit avec n\u0153ud d&rsquo;arr\u00eat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Apr\u00e8s trois nuits en camping et le double de douches pass\u00e9es \u00e0 Osp, nous avons soif de mouvement. Notre premier passage de fronti\u00e8re entre l&rsquo;Italie et la Slov\u00e9nie s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9 comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait. C&rsquo;est un peu moins le cas pour le passage entre la Slov\u00e9nie et la Croatie : 500 m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9s positifs sur 15 kilom\u00e8tres nous m\u00e8nent \u00e0 un petit col ou les barbel\u00e9s strient des collines verdoyantes. Une fronti\u00e8re au sein de l&rsquo;UE&#8230; Contr\u00f4le des passeports obligatoire. Ensuite une longue descente nous am\u00e8ne directement \u00e0 Buzet. C&rsquo;est l&rsquo;extase totale, Joshua met toutes voiles dehors tandis que Livingston fait le piqu\u00e9 de sa vie. Nouveau record de vitesse \u00e0 74km\/h ! Nos lourdes sacoches, ennemies de nos mont\u00e9es, deviennent des alli\u00e9es pour cette folle descente en Croatie !<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh3.googleusercontent.com\/_nsgTSkr8fuWy8p1SkIB5vuHFEbsKedY9IxKMT9S4Vq9EGCFCzVpMWQQAF90ab0SarFGkaYCa4rcebTkv7HzwfnHpsl0Af0-7N5FXloIFCjNLRdqO4gAXzmIHYNtoL1GbL3hEDmHK6gF4LVTRjkgghMQtiXSSqY1x6i-lNNESah5fO0sKEOMEufRcGn-oXyLBc0FpYyhDw\" alt=\"Obsession Min\u00e9rale - Escalade et canyoning \u00e0 Rodellar et en Royans-Vercors\"><\/figure>\n\n\n\n<p><em>Dans les devers monstrueux de la grotte d\u2019Osp en Slov\u00e9nie. De nombreuses d\u00e9gaines restent \u00e0 demeure. Cela g\u00e2che l\u2019esth\u00e9tique du lieu, mais nous permet de tester des voies bien au-del\u00e0 de nos capacit\u00e9s.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">[Km 423] Aventures Croates<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Colonnettes, highline et projets \u00e0 foison dans le canyon de Buzet ! On a tellement aim\u00e9 l&rsquo;endroit qu&rsquo;on y est rest\u00e9 trois jours et deux nuits. Ce qui nous aura donn\u00e9 le temps de r\u00e9aliser de belles performances sur du magnifique calcaire d\u00e9versant dont les colonnettes d\u00e9finissent de longs itin\u00e9raires logiques. Les avant-bras se gonflent et deviennent douloureux, alors nous rivalisons d&rsquo;ing\u00e9niosit\u00e9 pour coincer nos genoux et nos pieds afin d&rsquo;encha\u00eener les longueurs.<br>Grimper est aussi l&rsquo;occasion de faire de belles rencontres. Et c&rsquo;est le cas au pied de cette face o\u00f9 se retrouvent de forts grimpeurs slov\u00e8nes et italiens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Le soir, \u00e0 notre retour, nous constatons avec d\u00e9pit qu\u2019un van s\u2019est install\u00e9 exactement sur le petit emplacement o\u00f9 nous envisagions de poser notre campement. Notre irritation passe aussit\u00f4t que nous rencontrons les propri\u00e9taires du van&nbsp;: deux jolies allemandes en vadrouille, prompte \u00e0 discuter. Etudiantes, elles profitent de quelques semaines de libre avant la reprise des cours pour voyager autour de l\u2019Europe. Nous passons une soir\u00e9e bien sympathique avec elles, tentant de les impressionner sans grand succ\u00e8s avec nos histoires de v\u00e9lo et d\u2019escalade. Apr\u00e8s r\u00e9flexion, peut-\u00eatre avons-nous manqu\u00e9 d\u2019entrain\u2026 mais nous ne r\u00e9alisions pas que le combo v\u00e9lo-grimpe-bivouac est probablement le type de voyage le moins propice aux rencontres destin\u00e9es \u00e0 mettre un peu de piment dans la vie de c\u00e9libataires.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Le regard tourn\u00e9 vers les hauteurs du canyon nous gardons un \u0153il attentif pour rep\u00e9rer d&rsquo;\u00e9ventuelles lignes \u00e0 tendre. Une rupture dans la continuit\u00e9 de la falaise et quelques arbres qui ont l&rsquo;air costauds attirent notre attention.&nbsp;Apr\u00e8s un rapide rep\u00e9rage, nous nous lan\u00e7ons dans l&rsquo;installation de la premi\u00e8re highline du voyage, peut-\u00eatre aussi la premi\u00e8re de ce canyon ! Deux heures plus tard, Clem pose le pied sur 45 m\u00e8tres de bonheur et de sensations. La nouvelle ligne de Slack Inov\u2019, la Joker, est vraiment parfaite, douce sous le pied, avec un joli rebond. Notre corde d&rsquo;escalade fait office de back-up et nous utilisons nos serviettes, sac \u00e0 corde, jeans pour prot\u00e9ger nos sangles dyneema qui font office d&rsquo;\u00e9lingues. Au loin nous voyons la vieille ville fortifi\u00e9e de Buzet, nich\u00e9e au sommet d&rsquo;une colline. Somptueux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">C&rsquo;est donc motiv\u00e9s \u00e0 bloc que nous reprenons nos destriers qui auront pass\u00e9 ces trois jours \u00e0 roupiller bien cach\u00e9s au fond de la for\u00eat qui borde notre campement. L&rsquo;\u00e9tape suivante se situe 30 kilom\u00e8tres plus loin, Vela Draga. C&rsquo;est un site d&rsquo;escalade historique qui est tr\u00e8s sp\u00e9cifique car compos\u00e9 d&rsquo;une multitude de tours de calcaire. Une vraie cit\u00e9 d&rsquo;ivoire. La grimpe sur ces faces lisses est tr\u00e8s technique et compl\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 des jours pr\u00e9c\u00e9dents.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Nous gardons de l&rsquo;\u00e9nergie car un col nous attend, le dernier avant de quitter la p\u00e9ninsule de l&rsquo;Istrie. 6 kilom\u00e8tres de mont\u00e9e \u00e0 10% en moyenne, c&rsquo;est dur. Nous suons \u00e0 grosse gouttes, les v\u00e9los grincent sous le poids des sacoches, souffrant comme nos mollets de cette ascension. Joie et d\u00e9livrance au sommet, \u00e0 922 m\u00e8tres d&rsquo;altitude. Inqui\u00e9tude aussi car de plus longs cols nous attendent dans quelques semaines en Albanie&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">C&rsquo;est en trombe que nous d\u00e9boulons dans Rijecka. Au programme de la soir\u00e9e, coucher de soleil et baignade dans l&rsquo;Adriatique ! Deux cents kilom\u00e8tres salvateurs pour le repos de nos doigts nous s\u00e9parent de notre prochaine destination d&rsquo;escalade. Pour f\u00eater la premi\u00e8re baignade du voyage, nous achetons une bouteille de liqueur d\u2019herbes dalmates. Confortablement install\u00e9s dans une petite clairi\u00e8re recouverte de hautes herbes, nous faisons honneur au produit local, \u00e9coutons de la musique et discutons sans voir ni les heures passer, ni le niveau de la bouteille diminuer. Le r\u00e9sultat est \u00e9vident&nbsp;: nous nous endormons bien \u00e9m\u00e9ch\u00e9s. Au milieu de la nuit, alors que Max s\u2019\u00e9carte du campement pour soulager une vessie trop remplie, il ne parvient plus \u00e0 retrouver la clairi\u00e8re et se met \u00e0 errer pendant une dur\u00e9e incertaine au milieu des bois. Clem finit par entendre ses appels et bien aimablement, sort de son duvet, se l\u00e8ve, retrouve le compagnon hagard et le recouche sur son matelas. La cord\u00e9e qui reste unie dans toutes les situations&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh5.googleusercontent.com\/Sol9meuSASGBLRz7V71cxy4UqusrdKswLVdu6jY7enBgkf7e8_z-gvaTGk1AvtdSnInxby7Swxhk2_67ADRstXkdDkiDL0XhmyT4PIoN940FSWR28T7aVIQvnV5Vei3Mvn2MgBDzVnvpU2r8lOzj4gf_yRCyb79j2SyZ8ez486SZjn7Brc7LP6KNoyGa3r6mMLLo349s_Q\" alt=\"Obsession Min\u00e9rale - Escalade et canyoning \u00e0 Rodellar et en Royans-Vercors\"><\/figure>\n\n\n\n<p><em>Clem sur la premi\u00e8re higline de notre voyage que nous baptiserons <\/em>Unexpected German girls<em>. Au loin, la belle ville de Buzet. Quelques randonneurs l\u00e8vent les yeux, intrigu\u00e9s par ces funambules.<\/em><em><\/em>[Km 588] R\u00e9flexions sur la grande voie<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">La pr\u00e9paration d&rsquo;une grande voie doit \u00eatre r\u00e9fl\u00e9chie : conna\u00eetre l&rsquo;approche, pr\u00e9parer le mat\u00e9riel juste n\u00e9cessaire afin de ne pas s&rsquo;alourdir inutilement. Se renseigner sur les conditions m\u00e9t\u00e9orologiques si l&rsquo;on d\u00e9cide de partir dans un itin\u00e9raire d&rsquo;ampleur. Parfois des brides d&rsquo;informations provenant d&rsquo;autres grimpeurs s&rsquo;av\u00e8rent \u00eatre de bons outils afin de d\u00e9bloquer une situation, mais \u00e0 prendre avec des pincettes selon la source. Toujours savoir comment l&rsquo;on descend et s&rsquo;il est possible de rebrousser chemin en cas de p\u00e9pin. Bref, la r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale est d&rsquo;anticiper au maximum.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Mais dans une grande voie r\u00e9side l&rsquo;esprit d&rsquo;aventure. Toute une pr\u00e9paration peut se retrouver r\u00e9duite \u00e0 n\u00e9ant par la volont\u00e9 d&rsquo;exercer une libert\u00e9 pure, un coup de folie ou se laisser porter par l&rsquo;attraction d&rsquo;une ligne diff\u00e9rente comme c&rsquo;est le cas ce matin-l\u00e0, \u00e0 l&rsquo;approche de la plus grande et la plus belle paroi du parc national de Paklenica, Anica Kuk. Cette face nord, assoupie dans l&rsquo;ombre matinale de la vall\u00e9e est vraiment sublime. Nous la d\u00e9couvrons apr\u00e8s 30 minutes de marche, et les 140 kilom\u00e8tres de v\u00e9lo du jour pr\u00e9c\u00e9dent. De gigantesques rampes d\u00e9versantes et positives se croisent et fa\u00e7onnent un aspect d\u00e9routant. \u00c0 son sommet des cannelures parfaites d&rsquo;un gris profond, cisel\u00e9es par le travail d&rsquo;orf\u00e8vre de l&rsquo;\u00e9rosion, coiffent cette masse de calcaire, telles des draps de soie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Suivant un topo trouv\u00e9 sur internet, nous avan\u00e7ons vers la face avec l&rsquo;id\u00e9e de se lancer dans <em>The show must go on<\/em>, difficult\u00e9 maxi 6c sur 280 m\u00e8tres et d\u00e9bouchant sur une \u00e9paule 100 m\u00e8tres en contrebas de ce sommet qui domine la vall\u00e9e. Plut\u00f4t ambitieux \u00e0 notre sens pour une premi\u00e8re voie dans la vall\u00e9e. Dans le pierrier raide que nous gravissons pour approcher la face, les 10 heures de v\u00e9lo se font sentir dans les jambes. Le d\u00e9part de l&rsquo;itin\u00e9raire est encore \u00e0 15 bonnes minutes de mont\u00e9e&#8230; C&rsquo;est alors que l&rsquo;un de nous deux lance :&nbsp;<br>\u00ab&nbsp;H\u00e9, regarde donc cette ligne, <em>Klin<\/em>, qui remonte cette premi\u00e8re rampe et d\u00e9bouche sur le sommet.<br>\u2014&nbsp;D\u00e9ment en effet, mais c&rsquo;est 350m celle-l\u00e0 et la cotation max est 6c+&#8230; Tu penses que c&rsquo;est jouable ?<br>\u2014&nbsp; \u00e7a sort au sommet de la face mec, je suis trop chaud pour la tenter.<br>\u2014&nbsp; Ok, vamonos !&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">La pr\u00e9paration des sacs n&rsquo;est pas si \u00e9vidente. Il faut s&rsquo;organiser et nos m\u00e9thodes divergent. Une cord\u00e9e se cr\u00e9\u00e9 de compromis qui am\u00e8nent finalement aux meilleures d\u00e9cisions possibles. Comme nous ne repasserons pas au pied de la falaise nous devons prendre l&rsquo;ensemble de notre mat\u00e9riel avec nous. Nous r\u00e9ussissons ainsi \u00e0 caser un sac de toile, deux litres d&rsquo;eau et un sachet de graines dans un petit sac compact de 18L. Et chacun portera ses chaussures \u00e0 son harnais. Le leader s&rsquo;\u00e9lance l\u00e9ger, ayant uniquement \u00e0 porter d\u00e9gaines, coinceurs et sangles pour la mise en place des relais tandis que le second suit avec le sac \u00e0 dos.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Les premi\u00e8res longueurs d&rsquo;un niveau tr\u00e8s accessible nous mettent n\u00e9anmoins dans une belle ambiance. Sur 60 m\u00e8tres seuls quelques spits et un coinceur assurent notre protection. Les cartes sont pos\u00e9es, cette voie nous demandera de puiser dans nos ressources mentales. Arriv\u00e9s au premier relais, la for\u00eat et les sentiers balis\u00e9s du parc n&rsquo;existent plus. Nous avons d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre rentr\u00e9s dans un autre monde. Peu de paroles sont \u00e9chang\u00e9es, le second ne vole que quelques minutes de repos, vach\u00e9 au relais, et entame imm\u00e9diatement la deuxi\u00e8me longueur en t\u00eate. La paroi semble se redresser, accentue sa verticalit\u00e9 et nous offre n\u00e9anmoins les asp\u00e9rit\u00e9s n\u00e9cessaires \u00e0 la progression sous la forme de r\u00e9glettes, de fissures ou d&rsquo;\u00e9cailles. Chaque prise est comme un pr\u00e9sent offert par une g\u00e9ologie plus ou moins r\u00e9cente. \u00c0 nous de les d\u00e9couvrir et d&rsquo;exploiter leur potentiel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Le rythme de la grande voie s&rsquo;installe et les longueurs s&rsquo;encha\u00eenent. Au-del\u00e0 de la grimpe, la fluidit\u00e9 des manipulations et l&rsquo;automatisme des op\u00e9rations \u00e0 r\u00e9aliser sont essentiels pour \u00e9viter de perdre de pr\u00e9cieuses minutes. Plong\u00e9s dans cet oc\u00e9an de calcaire, nous avons le sentiment d&rsquo;une immersion dans une temporalit\u00e9 min\u00e9rale, d\u00e9finitivement plus lente, et perdons la notion des heures qui passent. Chaque ressaut rocheux est comme une vague qui peut nous placer sur la bonne route ou au contraire nous faire d\u00e9vier de notre cap, de la voie choisie. Pure m\u00e9taphore de l&rsquo;aventure.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Mais qu&rsquo;importe si nous nous \u00e9cartons de l&rsquo;itin\u00e9raire initial ! La confiance domine, au sein de l&rsquo;\u00e9quipe et si l&rsquo;un se trompe de ligne, l&rsquo;autre fait preuve d&rsquo;ing\u00e9niosit\u00e9, posant avec pr\u00e9caution nos coinceurs dans ces fissures souvent bossel\u00e9es et irr\u00e9guli\u00e8res afin de retrouver le cheminement de Klin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Et les longueurs continuent de s&rsquo;encha\u00eener, magnifique m\u00e9canique esth\u00e9tique et athl\u00e9tique de l&rsquo;escalade. Et schizophr\u00e9nique aussi pourrait-on dire&#8230; Tant le doux sentiment d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation et de perte de pesanteur se retrouve en confrontation avec les douleurs aux orteils, et aux doigts dont la sensibilit\u00e9 s&rsquo;accro\u00eet \u00e0 mesure que l&rsquo;\u00e9paisseur de peau diminue. Mais dans les derni\u00e8res longueurs, c&rsquo;est un rocher absolument parfait, de v\u00e9ritables sculptures aux formes g\u00e9n\u00e9reuses, arrondies et polies par le soleil que nous r\u00e9serve Klin. Nous oublions alors notre gorge s\u00e8che de se rationner en eau et les pieds douloureux de s&rsquo;appuyer sur des r\u00e9glettes parfois aussi fines qu&rsquo;une pi\u00e8ce de monnaie pour profiter \u00e0 fond du moment pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Et c&rsquo;est 6 heures apr\u00e8s notre d\u00e9part que nous atteignons fatigu\u00e9s et heureux le sommet d&rsquo;Anica Kuk. Au loin nous voyons Zadar, notre prochaine destination. Mais surtout de belles falaises en contrebas sur lesquelles nous allons continuer les jours prochains cette forme d\u00e9cid\u00e9ment passionnante d&rsquo;expression qu&rsquo;est l&rsquo;escalade.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh3.googleusercontent.com\/E7aKnXt0McUzgj0l5B50EoC1VgilR-eOboONzfCxs9GxQYx1EGwC-P9yjEVF4m6dEfFE6mD2bLH-wRn1wLAd029grV0svR2PWIkSBZgp8ka0UhTtwgIxlWy0-EKoW4cvsXI_MmvVxj7im1CWFtJJ4Tv2Qw-dt4PiXifF7OcAmwkUNUkBRVj_jOuikZhd1pOKhovM4vvgGQ\" alt=\"Obsession Min\u00e9rale - Escalade et canyoning \u00e0 Rodellar et en Royans-Vercors\"><\/figure>\n\n\n\n<p><em>La cord\u00e9e au sommet de la face.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">[Km 750] &#8230;et 20\u00e9me jour de voyage, d\u00e9j\u00e0 !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Beaucoup de grandes voies et de grandes rencontres pendant les sept jours pass\u00e9s \u00e0 Starigrad, la ville croate situ\u00e9e juste \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e du parc national de Paklenica.<br>Ce rocher de calcaire tant appr\u00e9ci\u00e9 lors de notre premi\u00e8re journ\u00e9e tient d\u00e9finitivement toutes ses promesses mais nous d\u00e9couvrons \u00e9galement son aptitude \u00e0 cisailler nos doigts et \u00e0 entamer inlassablement les couches de notre \u00e9piderme. R\u00e9sultat : c&rsquo;est un jour de repos tous les deux jours de grimpe, obligatoire pour nous, et une grosse pens\u00e9e reconnaissante \u00e0 nos chers amis r\u00e9unionnais qui nous ont offert de la pommade r\u00e9paratrice pour les mains car elle s&rsquo;av\u00e8re salvatrice !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Au camping Anica Kuk (tiens donc!), nous faisons de formidables rencontres. Premi\u00e8rement Chris et Lisa, deux jeunes grimpeurs allemands vivant au sud de Munich qui partagent une passion communicative pour l&rsquo;escalade et tous les sports de montagne. Les \u00e9changes d&rsquo;histoires, d&rsquo;exp\u00e9riences nous rapprochent car nous \u00e9voluons dans un niveau similaire et nous tentons \u00e0 peu pr\u00e8s les m\u00eames voies dans la vall\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Et ensuite, alors qu&rsquo;une formidable temp\u00eate s&rsquo;abat sur la Croatie, lors de notre premi\u00e8re journ\u00e9e de repos, nous entamons la discussion avec un couple de Fran\u00e7ais discrets plus \u00e2g\u00e9s que nous. Au fur et \u00e0 mesure de nos \u00e9changes nous tombons sous le charme de leurs aventures. Denis et Annie Pivot ont v\u00e9cu 40 ans de vie encord\u00e9e et des ascensions \u00e0 n&rsquo;en plus finir dans les Alpes, dans l&rsquo;Himalaya, en Patagonie&#8230;etc. Lui est guide de haute montagne, anciennement enseignant \u00e0 l&rsquo;ENSA (\u00e9cole nationale de ski et alpinisme) et maintenant conseiller technique sur la fabrication des mousquetons chez Camp. Quant \u00e0 Annie, elle est m\u00e9decin, sp\u00e9cialiste des effets de l&rsquo;altitude sur l&rsquo;organisme et a atteint 8700 m\u00e8tres sans oxyg\u00e8ne au d\u00e9but des ann\u00e9es 90. Les questions fusent et nous \u00e9coutons les r\u00e9ponses, \u00e9berlu\u00e9s \u00e0 chaque nouvelle histoire. Denis, quant \u00e0 lui semble prendre un plaisir de vieux conteur face \u00e0 cet auditoire international et partage patiemment toutes ses connaissances en mati\u00e8re de mousqueton sur la fa\u00e7on dont ils sont con\u00e7us, test\u00e9s, fabriqu\u00e9s&#8230; Chaque soir nous en apprenons beaucoup sur la Patagonie, sur l&rsquo;alpinisme, sur tel personnage marquant de l&rsquo;histoire de l&rsquo;escalade et aussi sur les marques qui con\u00e7oivent et produisent le mat\u00e9riel que nous utilisons tous les jours. Les soir\u00e9es qui font suite \u00e0 nos journ\u00e9es de grimpe filent \u00e0 toute vitesse et nous allons ensuite nous coucher l&rsquo;esprit plein de r\u00eaves et de projets d&rsquo;ascensions futures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Nous profitons bien s\u00fbr de cette longue halte pour bichonner Livingston et Joshua, d\u00e9pouill\u00e9s totalement de leurs sacoches, qui semblent se lasser de ces aller-retours r\u00e9p\u00e9titifs dans le parc national de Paklenica ! Avant notre d\u00e9part nous retournons sur la fameuse face nord d&rsquo;Anica Kuk pour tenter la voie Jenjavi, 7a+ et 350 m\u00e8tres de long. Si les longueurs les plus dures ne sont pas envoy\u00e9es \u00e0 vue, nous parvenons tout de m\u00eame \u00e0 tout effectuer en escalade libre, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans utiliser de moyen de progression autre que nos mains et nos pieds. Pour le moment, c&rsquo;est bien la grande voie la plus dure que nous ayons faite : l&rsquo;intensit\u00e9 des journ\u00e9es d&rsquo;escalade pr\u00e9c\u00e9dentes porte ses fruits. La recherche de la difficult\u00e9 et de la progression dans les cotations ne sont pas n\u00e9cessairement les objectifs de notre voyage mais nous les trouvons int\u00e9ressantes dans le sens o\u00f9 elles permettent parfois d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 des lignes plus pures, plus raides et plus esth\u00e9tiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Anecdote marrante sur cette journ\u00e9e : un drone viendra \u00e0 plusieurs reprises tourner des images non loin de nous. Bruit \u00e9nervant qui g\u00e2che un peu l&rsquo;ambiance sauvage du lieu. \u00c0 notre descente, Chris et Lisa nous apprennent que cette cam\u00e9ra volante n&rsquo;\u00e9tait pas l\u00e0 pour rien. Exactement en m\u00eame temps que nous, \u00e0 peine 50 m\u00e8tres sur notre droite et alors que nous pestions sur les difficult\u00e9s des longueurs 7a et 7a+ de notre voie, c&rsquo;\u00e9tait le dieu vivant de l\u2019escalade Adam Ondra lui-m\u00eame qui encha\u00eenait \u00e0 vue un 8c encore jamais r\u00e9p\u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent ! Et nous ne l&rsquo;avons vu ni au d\u00e9part, ni pendant, ni \u00e0 la fin de la voie ! En cherchant des news sur cette ascension nous apprenons que potentiellement il sera vers Split les jours suivants&#8230; L&rsquo;espoir rena\u00eet alors dans nos c\u0153urs an\u00e9antis de pouvoir peut-\u00eatre croiser sa route !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Environ 200 kilom\u00e8tres nous s\u00e9parent de nos prochaines destinations d&rsquo;escalade et de slackline, autour de Split, et nous reprenons la route, ravis de chevaucher \u00e0 nouveau nos destriers d&rsquo;aciers. Les fortes rafales de vents que nous subissons ne viennent pas entamer notre bonne humeur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Notre cord\u00e9e faite de fibre textile en nylon devient alors a\u00e9rienne, cr\u00e9\u00e9e des flux d&rsquo;air et d&rsquo;aspiration. Joshua et Livingston roulent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te et nous controns \u00e0 tour de r\u00f4le le vent, prot\u00e9geant l&rsquo;autre des rafales. Pour rejoindre Split nous d\u00e9cidons de couper \u00e0 travers les terres, d&rsquo;\u00e9viter Zadar et de rejoindre la mer Adriatique \u00e0 Sibenik. Dans les campagnes croates, le contraste est saisissant : plus de motards, de villas et de chambres d&rsquo;h\u00f4tes. Les villages sont relativement pauvres et se r\u00e9partissent au milieu de collines \u00e0 la v\u00e9g\u00e9tation s\u00e8che o\u00f9 seuls les oliviers semblent s&rsquo;\u00e9panouir. Nous croisons de vieilles berg\u00e8res \u00e0 la dentition \u00e9parse, arborant un foulard dans les cheveux qui rappellent une Europe des ann\u00e9es 50. Lors d&rsquo;une pause, un croate au cr\u00e2ne d\u00e9garni et aux longs cheveux blancs marchant au bord de la route nous interpelle et nous demande de le prendre en photo. Dans un italien approximatif nous comprenons ensuite qu&rsquo;il a march\u00e9, il y a quelques ann\u00e9es, de Lyon \u00e0 Isra\u00ebl en 7 mois. Respect.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Et d\u00e8s que la lassitude gagne nos jambes et que nous commen\u00e7ons \u00e0 perdre le plaisir de la route, nous cherchons un endroit o\u00f9 poser notre bivouac, de pr\u00e9f\u00e9rence au bord de l&rsquo;eau pour se d\u00e9lasser de la journ\u00e9e&#8230; Et profiter d&rsquo;un beau coucher de soleil dont on a du mal \u00e0 se lasser.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh5.googleusercontent.com\/omVt3ZD7tLa-DDCloB6AXULEfR7IrM8JtWkcRSoU-E5B6BrM4YLowI0hGSIcYPWAQvlhnuicLX5mpe6Auh70J5lj_TyptyO1cfk7Ci8g7MVfZuWJlThQRwm4lz-7ZAiKrKB9pf0Y-iNcdFSW6Fjm3wgttJ24Wac6ZKJmVr7ubRpqvDUWI7A8IfjV4qAg2X5xfTSDZdf9cg\" alt=\"Obsession Min\u00e9rale - Escalade et canyoning \u00e0 Rodellar et en Royans-Vercors\"><\/figure>\n\n\n\n<p><em>Max s\u2019\u00e9l\u00e8ve dans une des nombreuses grandes voies que nous parcourons dans le parc de Paklenica. Des hirondelles virevoltent autour de nous.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">[Km 855] Contrastes, orages et soleil \u00e0 Split<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">L&rsquo;arriv\u00e9e \u00e0 Split nous d\u00e9pla\u00eet. De gros buildings, des camions et des usines pour seuls d\u00e9cors. Sur un coup de t\u00eate nous d\u00e9cidons alors de filer dans les hauteurs pour rejoindre une belle falaise \u00e0 7 kilom\u00e8tres de l&rsquo;entr\u00e9e de Split : Markezina Greda. Magnifique barre rocheuse qui rappelle Ce\u00fcse en France, elle domine le village de Klis et son ch\u00e2teau m\u00e9di\u00e9val. Adam Ondra y \u00e9tait hier pour grimper dans des niveaux qui d\u00e9passent l&rsquo;entendement. Nous l&rsquo;aurons encore rat\u00e9, maudits canassons de ferrailles qui ne roulent pas assez vite ! Mais nous oublions bien vite cette l\u00e9g\u00e8re d\u00e9sillusion tant le calcaire est pur et nous restons deux nuits au pied de ce site. Lorsqu&rsquo;un orage \u00e9clate, l&rsquo;inclinaison du rocher est telle que les gouttes tombent \u00e0 dix m\u00e8tres de notre campement. Nous ne prenons m\u00eame pas la peine de monter les tentes et dormons \u00e0 poings ferm\u00e9s sur nos matelas \u00e0 m\u00eame le sol, prot\u00e9g\u00e9s du ciel par la Terre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Le jour suivant, le temps se fait toujours mena\u00e7ant et nous descendons \u00e0 Split. Bat&rsquo;karer dans ses rues inond\u00e9es de touristes qui descendent pour la plupart de ces bateaux de croisi\u00e8res \u00e9normes ne nous enchante gu\u00e8re alors nous p\u00e9dalons jusqu&rsquo;\u00e0 la p\u00e9ninsule de Marjan qui est seulement \u00e0 quelques kilom\u00e8tres du centre historique. Nous trouvons l\u00e0 un petit espace de bivouac absolument parfait pour poser notre tente, juste au bord d&rsquo;une falaise d&rsquo;une petite dizaine de m\u00e8tres qui plonge directement dans la mer. Le mur est vertical, voir d\u00e9versant par endroit et nous pouvons pratiquer du psychobloc (ou deep water solo), sous-discipline de l&rsquo;escalade qui consiste \u00e0 grimper sans assurance au-dessus de l&rsquo;eau. C&rsquo;est absolument g\u00e9nial, nous en profitons \u00e0 fond, et grimpons jusqu&rsquo;\u00e0 se p\u00e9ter les avant-bras et s&rsquo;\u00e9corcher les doigts, puis nous tombons dans l&rsquo;eau translucide. Le fond semble tr\u00e8s proche tellement l&rsquo;eau est claire mais il y a souvent 3 \u00e0 4 m\u00e8tres de profondeur donc aucun risque lors d&rsquo;une chute. Et lorsque nous sommes fatigu\u00e9s, nous sautons dans l&rsquo;eau comme de vrais gamins ! Puis nous nous asseyons au bord du vide, grignotons quelque chose et observons notre environnement. C&rsquo;est magique, le soleil au z\u00e9nith scintille sur la mer Adriatique. Au fond les innombrables \u00eeles dalmates ne semblent pas perturb\u00e9es par le ballet incessant des voiliers, des ferrys et des bateaux touristiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">La p\u00e9ninsule de Marjan nous r\u00e9serve une nouvelle surprise car une barre rocheuse est \u00e9quip\u00e9e pour l&rsquo;escalade sportive un peu plus haut. L&rsquo;orientation sud de cette face jaune et ocre nous permet seulement d&rsquo;en profiter quelques heures en fin de journ\u00e9e. Mais c&rsquo;est l&rsquo;occasion d&rsquo;appr\u00e9cier de superbes vues au coucher du soleil sur la grande baie de Split. Certaines voies passent toutes proches de maisons semi-troglodytes b\u00e2ties le long de la paroi. Grandiose.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Apr\u00e8s l&rsquo;installation du bivouac, une soir\u00e9e classique de notre voyage consiste \u00e0 la pr\u00e9paration de la nourriture, \u00e9l\u00e9ment essentiel rythmant nos journ\u00e9es et d\u00e9terminant pour la bonne ambiance de l&rsquo;\u00e9quipe. Alors nous ne l\u00e9sinons pas sur la quantit\u00e9 ! Le repas du soir d\u00e9marre tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement par un ap\u00e9ro : cabernet-sauvignon croate bon march\u00e9 ou grande bi\u00e8re Karlovacko et en guise d&rsquo;amuse-gueule, des olives ou des cacahu\u00e8tes. Ensuite, notre d\u00eener principal est compos\u00e9 d&rsquo;un f\u00e9culent accompagn\u00e9 de l\u00e9gumes et d&rsquo;une sauce diverse. Nous adorons les carottes car elles peuvent aussi se manger crues le midi, et se conservent tr\u00e8s bien dans les sacoches de v\u00e9lo chahut\u00e9es par la route. Un morceau de pain, un mauvais fromage croate et quelques fruits accompagnent la fin du d\u00eener. Ensuite, ext\u00e9nu\u00e9s par les efforts de la journ\u00e9e les soir\u00e9es tra\u00eenent rarement en longueur et nous nous endormons chacun sur nos livres. En ce moment, c&rsquo;est <em>La m\u00e9nagerie de Papier<\/em> de Ken Liu pour Max, recueil de nouvelles d&rsquo;anticipation ayant re\u00e7u de nombreuses distinctions et pour Clem, l&rsquo;ouvrage d\u00e9sormais classique de l&rsquo;auteur de science-fiction allemand Andreas Escbach <em>Des milliards de tapis de cheveux<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Au matin, cela d\u00e9pend de la situation, si nous sommes dans un endroit o\u00f9 nous risquons de mauvaises rencontres avec des repr\u00e9sentants de l&rsquo;autorit\u00e9 locale, nous plions bagages rapidement et filons sans demander notre reste. Si nous sommes tranquilles, comme c&rsquo;est le cas la plupart du temps, alors nous pratiquons un peu de yoga et d&rsquo;\u00e9tirements car des muscles souples sont des muscles qui ne se blessent pas, parole de kin\u00e9. Le premier lev\u00e9 pr\u00e9pare du th\u00e9 et nous prenons un petit-d\u00e9jeuner copieux \u00e0 base de pain complet, de confiture et de beurre de cacahu\u00e8tes avant de lever le camp et partir vaquer \u00e0 nos occupations de voyageur-grimpeurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Pour aujourd&rsquo;hui c&rsquo;est repos, slackline dans un parc de Split et 30 petits kilom\u00e8tres pour rejoindre la ville d&rsquo;Omis. Pour nous, derni\u00e8re grande destination de couennes en Croatie. Les Balkans se rapprochent&#8230;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh5.googleusercontent.com\/ZUexmoim3YwGPson-gupZU7HjmLPrwUHRtV6PaMR4oPOKIlZ5MXJQb0rdStlasimPD5adbF6VVil8b737jZXkkhO_zny4Dw5cQJ5OxkVVgKQDl7LNcFnLAtUmVRbjOQtr9cySsA9rWHO0wX_LrfCX3gyJTre1AdXhyN3Gf6RHwzdQARuR99VpG53lb0nsXi3GYeF7Ihg_A\" alt=\"Obsession Min\u00e9rale - Escalade et canyoning \u00e0 Rodellar et en Royans-Vercors\"><\/figure>\n\n\n\n<p><em>Bivouac sauvage en \u00e9quilibre au bord d\u2019une falaise qui plonge directement dans l\u2019Adriatique. Nous passerons ensuite la journ\u00e9e enti\u00e8re \u00e0 grimper au-dessus de l\u2019eau, effectuant de longues travers\u00e9es ou tentant de franchir de gros surplombs.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">[Km 954]&nbsp;Les g\u00e9ants de Dalmatie<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Omis est une destination d&rsquo;escalade que nous attendons avec impatience. Sur le topo, il y a beaucoup de secteurs souvent tr\u00e8s faciles d&rsquo;acc\u00e8s, donc id\u00e9als pour nos approches v\u00e9locip\u00e9diques. La ville est situ\u00e9e \u00e0 l&#8217;embouchure de la rivi\u00e8re Cetina, coinc\u00e9e entre des pics rocheux qui se dressent de toutes parts. Les activit\u00e9s d&rsquo;ext\u00e9rieures semblent bien d\u00e9velopp\u00e9es aux alentours, ce qui nous laisse penser que cet endroit semble avoir trouv\u00e9 un meilleur \u00e9quilibre entre vie locale et manne touristique par rapport \u00e0 certaines de ses homologues dalmates. Cerise sur le g\u00e2teau, les cotations d&rsquo;escalade sont (l\u00e9g\u00e8rement) plus faciles qu&rsquo;\u00e0 Split ou Paklenica, alors nous encha\u00eenons les voies, d\u00e9bloquant m\u00eame de nouvelles lettres dans le septi\u00e8me degr\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Malheureusement, la m\u00e9t\u00e9o qui nous avait relativement \u00e9pargn\u00e9e depuis le d\u00e9but de notre voyage se d\u00e9t\u00e9riore d\u00e8s le deuxi\u00e8me jour, nous obligeant \u00e0 chercher refuge dans un camping. Et c&rsquo;est un beau d\u00e9luge presque continu pendant deux jours qui s&rsquo;abat sur Omis. Qu&rsquo;\u00e0 cela ne tienne, les activit\u00e9s ne manquent pas. Nous profitons de ces deux journ\u00e9es pour se refaire de la peau sur les doigts. Nous jouons aux cartes, plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 la chouine sorte de d\u00e9riv\u00e9e de la coinche, lisons, \u00e9crivons, \u00e9coutons de la musique et devenons de vrais pros dans la r\u00e9solution du Rubik&rsquo;s cub. Ne plus grimper, permet aussi de prendre le temps pour ces petites choses \u00e0 r\u00e9parer sur nos \u00e9quipements comme ce pantalon \u00e0 recoudre ou ce descendeur \u00e0 limer car le frottement avec le mousqueton cr\u00e9\u00e9 des irr\u00e9gularit\u00e9s tranchantes qui pourraient \u00e9ventuellement endommager la corde. Nous en profitons aussi pour planifier l&rsquo;itin\u00e9raire qui nous m\u00e8nera \u00e0 travers les Balkans. Pour ceci, Komoot est une application g\u00e9niale qui nous permet de savoir avec pr\u00e9cision les d\u00e9nivel\u00e9s d&rsquo;un trajet avec les degr\u00e9s de pente que nous aurons \u00e0 franchir. Et lorsqu&rsquo;une accalmie se fait sentir, nous en profitons pour grimper sur des faces d\u00e9versantes, prot\u00e9g\u00e9es par les pluies. Mais l&rsquo;eau s&rsquo;infiltre dans le calcaire et m\u00eame sur les parois s\u00e8ches les colonnettes auparavant si agr\u00e9ables \u00e0 serrer deviennent humides et glissantes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Alors nous reprenons la route, concentr\u00e9s et d\u00e9cid\u00e9s car 30 kilom\u00e8tres plus au sud nous attend le massif sauvage de Biokovo. Au d\u00e9tour d&rsquo;un virage nous d\u00e9couvrons ses sommets qui culminent \u00e0 plus de 1200 m\u00e8tres. Ils sont en partie dissimul\u00e9s par d&rsquo;\u00e9pais nuages orageux qui conf\u00e8rent imm\u00e9diatement un caract\u00e8re alpin et mystique \u00e0 nos futurs objectifs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Le premier est le mont Bukovac, que nous souhaitons atteindre par <em>Dalmatinski San<\/em>, une voie de 600 m\u00e8tres de long, difficult\u00e9 maximum 6b. Depuis la c\u00f4te, la montagne est magnifique. Alors nous redoublons d&rsquo;efforts pour monter les derniers kilom\u00e8tres sur une petite route sinueuse qui atteint au plus raide 22 degr\u00e9s de pente. Les v\u00e9los tiennent le coup, nos quadriceps un peu moins : nous explosons par moment et sommes oblig\u00e9s de mettre pied \u00e0 terre et pousser p\u00e9niblement Joshua et Livingston. Au paisible hameau de Topici, les difficult\u00e9s sont compl\u00e8tement oubli\u00e9es car un superbe coucher de soleil nous r\u00e9gale pour l&rsquo;ap\u00e9ro. Alors nous prenons nos aises et d\u00e9cidons de squatter la terrasse d&rsquo;un restaurant pour la soir\u00e9e et la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">De toute fa\u00e7on nous partons le lendemain \u00e0 5 heures du matin. \u00c9cureuils de l&rsquo;aube, nous dissimulons soigneusement nos pr\u00e9cieuses sacoches dans un fourr\u00e9 non loin des v\u00e9los aussi solidement encord\u00e9s l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre que le seront leurs propri\u00e9taires pendant la journ\u00e9e. Puis c&rsquo;est le d\u00e9part, \u00e0 la lampe frontale bien s\u00fbr. Pendant une bonne heure nous remontons des \u00e9boulis en suivant les indications parfois \u00e9nigmatiques de notre topo, ce qui donne un c\u00f4t\u00e9 chasse au tr\u00e9sor non d\u00e9plaisant \u00e0 cette approche. Enfin, une s\u00e9rie de cairns et le scintillement des spits aux premi\u00e8res lueurs du jour nous am\u00e8ne directement au pied de la voie. Quelques chamois agiles d\u00e9campent \u00e0 notre arriv\u00e9e, le coffre-fort est devant nous, min\u00e9ral et imposant. Il y a parfois des grandes voies o\u00f9 rien ne se passe comme pr\u00e9vu, o\u00f9 les probl\u00e8mes s&rsquo;encha\u00eenent et la progression devient laborieuse. Et d&rsquo;autres, au contraire, o\u00f9 tout est facile, spontan\u00e9 et \u00e9vident. Pour nous, ce jour-l\u00e0, <em>Dalmatinski San<\/em> fera partie de la deuxi\u00e8me cat\u00e9gorie. Que du pur bonheur, le rocher est excellent, l&rsquo;\u00e9quipement impeccable, les longueurs filent \u00e0 toute vitesse. C&rsquo;est incroyable, \u00e0 chaque fois que nous nous retournons, un panorama somptueux s&rsquo;\u00e9tend face \u00e0 nous dont l&rsquo;\u00e9tendue s&rsquo;amplifie au fur et \u00e0 mesure que nous nous rapprochons du sommet de Bukovac. L&rsquo;infinie beaut\u00e9 de la Croatie vue du ciel. L&rsquo;Adriatique est si sp\u00e9ciale et si belle, nous nous sentons bien et \u00e0 notre place ici, pleinement satisfaits de faire ce voyage, heureux d&rsquo;avoir choisi cette destination.<br>L&rsquo;itin\u00e9raire tortueux et paumatoire de la descente ne g\u00e2chera pas le moins du monde cette journ\u00e9e parfaite. Nous pensons alors \u00e0 ce que disais Denis, l&rsquo;alpiniste rencontr\u00e9 \u00e0 Paklenica : \u00ab&nbsp;Un guide ne se perd jamais, il explore.&nbsp;\u00bb Alors nous explorons&#8230;et \u00e0 un moment nous devons improviser un rappel de 30 m\u00e8tres sur un arbre douteux. Notre corde de 80 m\u00e8tres ayant \u00e9t\u00e9 raccourcie de 7 m\u00e8tres suite \u00e0 un accroc apparu lors de nos sessions \u00e0 Split, nous nous engageons prudemment sur les rappels, afin d&rsquo;\u00eatre s\u00fbr d&rsquo;avoir suffisamment de longueur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Ravi de cette journ\u00e9e et de cette ascension aussi fluide, nous r\u00e9cup\u00e9rons nos v\u00e9los pour effectuer les 10 kilom\u00e8tres qui nous s\u00e9parent de notre second objectif, toujours au sein du massif de Biokovo : le mont Mali Borovac.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Cette fois, nous bivouaquons dans une for\u00eat au niveau de la mer et nous d\u00e9cidons de faire la mont\u00e9e au petit matin d\u00e9barrass\u00e9s de nos sacoches. Alors que le soleil se couche, nous nous \u00e9cartons un peu du sous-bois et du campement afin d&rsquo;appr\u00e9cier les couleurs de l&rsquo;horizon. \u00c0 notre retour le sac de couchage de Max a disparu. Suspectant un chien errant que nous avions vu r\u00f4der, nous partons \u00e0 sa recherche et le retrouvons rapidement dans une sorte de d\u00e9charge sauvage. Vision d&rsquo;horreur, le sac de couchage est litt\u00e9ralement d\u00e9chiquet\u00e9, \u00e9ventr\u00e9 de part en part, du duvet d&rsquo;oie \u00e9parpill\u00e9 tout autour. Max passera quatre heures dans la soir\u00e9e \u00e0 maudire ce cabot tout en recousant le tissu. Ce cocon de douceur, qui a abrit\u00e9 ses r\u00eaves lors des 30 derniers jours, ressemble maintenant \u00e0 Frankenstein et d\u00e9gage une \u00e9c\u0153urante odeur de bave de chien. D&rsquo;une valeur ind\u00e9cente, il lui faudra tester \u00e0 son retour le service apr\u00e8s-vente de Valandr\u00e9&#8230; Cette anecdote met en lumi\u00e8re une forme de paradoxe du voyageur par rapport aux objets mat\u00e9riels. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 il doit se d\u00e9tacher des besoins mat\u00e9riels superflus car il ne peut emporter que le strict n\u00e9cessaire. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, il nourrit une affection sp\u00e9ciale avec certains \u00e9quipements, particuli\u00e8rement lorsque ces derniers sont vecteurs de ses r\u00eaves et de ses r\u00e9alisations, notamment son mat\u00e9riel technique sans lequel il ne pourrait pas vivre ses aventures verticales ou horizontales.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">R\u00e9veil aussi t\u00f4t que la veille ce matin avec cette fois une longue approche \u00e0 v\u00e9lo. 6 kilom\u00e8tres et 700 m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9 positif, dont les 3 derniers kilom\u00e8tres sur une piste affreuse aux galets roulants qui d\u00e9stabilisent Joshua et Livingston aussi surpris que nous de se retrouver sur une telle surface. Nous pestons pendant une heure trente avant d&rsquo;arriver au d\u00e9part du sentier d&rsquo;approche. Et nous continuons de monter, cette fois \u00e0 pied en remontant les pierriers instables. Les quadriceps bien entam\u00e9s par les efforts du matin commencent \u00e0 fatiguer mais la voie \u00e0 laquelle nous nous attaquons promet un v\u00e9ritable voyage. <em>Born to live<\/em> remonte au milieu de la face sud de Mali Borovac. Longueur 400 m\u00e8tres et difficult\u00e9 maximum 7b. Au d\u00e9part de la voie, nous constatons qu&rsquo;une cord\u00e9e est d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9e dans le m\u00eame itin\u00e9raire que nous. Deux choix sont possibles : soit nous tra\u00e7ons, doublons des longueurs et tentons de les d\u00e9passer \u00e0 un relais, soit nous attendons et leur laissons le temps de prendre de l&rsquo;avance afin de ne pas se g\u00eaner dans les encha\u00eenements. Nous optons pour la seconde option, et grand bien nous en pris car les deux grimpeurs sont exp\u00e9riment\u00e9s et avancent \u00e0 bon rythme dans la voie. Le crux (longueur cl\u00e9) de la voie consiste \u00e0 passer un petit toit et toute la difficult\u00e9 r\u00e9side dans le r\u00e9tablissement car les seules prises \u00e0 disposition sont une petite \u00e9paule main droite, bien franche mais compl\u00e9ment verticale et une atroce main gauche invers\u00e9e qui permet de sortir les pieds et d&rsquo;atteindre tr\u00e8s haut une autre invers\u00e9e tranchante cette fois pour la main droite. Apr\u00e8s quelques tentatives infructueuses Max passe tout proche d&rsquo;encha\u00eener la longueur, mais doit finalement s&rsquo;avouer vaincu. Il reste encore 330 m\u00e8tres d&rsquo;escalade et nous ne pouvons pas travailler trop longtemps un mouvement dans une grande voie. Autour de nous c&rsquo;est magnifiquement sauvage, les paysages sont aussi splendides que la veille et nous avons l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre infiniment haut, en l\u00e9vitation au-dessus de la ville de Makarska.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Au sommet, nous retrouvons la cord\u00e9e qui nous pr\u00e9c\u00e9dait et passons un moment bien sympathique avec ces deux grimpeurs venant de Zagreb. Nous parlons de notre voyage et des voies que nous avons d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9es. C&rsquo;est incroyable, le plus exp\u00e9riment\u00e9 de nos interlocuteurs les conna\u00eet toutes, \u00e0 la prise pr\u00e8s. Il nous parle de leur historique, des ouvreurs, et nous en apprenons un peu plus sur l&rsquo;histoire de l&rsquo;escalade en Croatie. Le sentier de descente est bien plus ais\u00e9 que celui de la veille et nous retrouvons rapidement nos v\u00e9los. Le retour technique en mode VTT de descente nous permet quand m\u00eame d&rsquo;appr\u00e9cier l&rsquo;ambiance de ces belles montagnes caress\u00e9es par les rayons du soleil couchant. Nous sommes bien fiers de ce doubl\u00e9 dalmate qui marque un point final au chapitre escalade de la Croatie ! En deux jours et pour ces deux sommets, nous avons r\u00e9alis\u00e9 1000 m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9 \u00e0 v\u00e9lo, 800 m\u00e8tres \u00e0 pied, et 1000 m\u00e8tres en escalade d\u00e9compos\u00e9es en 34 longueurs.&nbsp;Pour la soir\u00e9e et pour f\u00eater \u00e7a, ce sera 2 litres de bi\u00e8res et 1 litre de rhum!<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh5.googleusercontent.com\/g08tiQ9t46uK4vjnIJHI6PxVPecYh3eqpGehKUo-hHST0Y5MsxCtc6_KVHW7eaFMHp3xMIFZK-Xg1Szeer8948qlUIgmjZcqevZBpDV8aPIbD0eLL_tjisL1MoGSYXiOnlR7sYl6TTyufuTuwYgJ9fiiszS04PBpawm2UyIU5al1cQ7zYu8aHCkbHcy-JTvIzWYRPQl5vQ\" alt=\"Obsession Min\u00e9rale - Escalade et canyoning \u00e0 Rodellar et en Royans-Vercors\"><\/figure>\n\n\n\n<p><em>La route sinueuse qui longe la c\u00f4te croate et au fond le massif de Biokovo et les sommets que nous gravirons les prochains jours.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">[Km 1454]&nbsp;Remont\u00e9e du temps \u00e0 travers les Balkans<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">La gestion d&rsquo;une \u00e9tape \u00e0 v\u00e9lo n&rsquo;est d\u00e9cid\u00e9ment pas aussi simple et facile que l&rsquo;on pouvait le penser avant notre d\u00e9part. D\u00e9butant tous les deux dans le monde du voyage \u00e0 deux roues, nous d\u00e9couvrons au fur et \u00e0 mesure les \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s qui permettent de vivre au mieux ces journ\u00e9es-l\u00e0. Tout d&rsquo;abord il y a la planification : \u00e0 l&rsquo;aide de Maps.me ou de Komoot, nous d\u00e9cidons du meilleur itin\u00e9raire, ce qui n\u2019est pas bien compliqu\u00e9 pour le moment car nous nous contentons de suivre le littoral au plus pr\u00e8s. D&rsquo;une confrontation num\u00e9rique avec la g\u00e9ographie, nous passons ensuite \u00e0 une confrontation physique et nous improvisons au fur et \u00e0 mesure de la journ\u00e9e. Il y a souvent des surprises car tel col qui nous semblait technique se franchit en fait ais\u00e9ment, et l&rsquo;inverse aussi malheureusement ! Le vent ou le soleil automnal parfois br\u00fblant ajoutent leurs grains de sel \u00e0 l&rsquo;alchimie d&rsquo;une journ\u00e9e de p\u00e9dalage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Nous avons la chance d&rsquo;\u00eatre \u00e0 deux, de condition physique similaire et capable chacun de se caler sur le m\u00eame rythme. S&rsquo;il est parfois compliqu\u00e9 de discuter l&rsquo;un derri\u00e8re l&rsquo;autre, d\u00e8s que la circulation le permet nous roulons c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te et parlons de tout et de rien, rompant ainsi quelques minutes avec cette l\u00e9g\u00e8re monotonie qui peut s&rsquo;installer. Toujours est-il que nous nous appuyons souvent l&rsquo;un sur l&rsquo;autre lorsque qu&rsquo;une baisse de rythme se fait sentir, ce qui nous permet sans doute de faire de plus longues distances qu&rsquo;en solitaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Alors que les heures passent, une lutte acharn\u00e9e s&rsquo;op\u00e8re au sein de notre corps, une guerre de tranch\u00e9es qui oppose notre motivation et la lassitude inexorable qui gagne nos jambes. Il s&rsquo;agit donc de bien g\u00e9rer les pauses, \u00e9couter ses signes de fatigues, boire quand il faut, pourquoi pas faire une sieste le midi si la nuit de la veille a \u00e9t\u00e9 moins r\u00e9paratrice. Un simple passage de tunnel peut \u00eatre une source de stress intense : quelle longueur fait-il ? Faut-il enlever les lunettes, mettre les lumi\u00e8res ? La chauss\u00e9e se r\u00e9tr\u00e9cissant, les camions et les bus nous fr\u00f4lent et peuvent nous d\u00e9stabiliser, la chute est interdite alors une forme de claustrophobie nous gagne et nous filons \u00e0 toute vitesse vers la sortie !&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Malgr\u00e9 les difficult\u00e9s, il s&rsquo;agit d&rsquo;accepter et tirer parti des arr\u00eats impr\u00e9vus, souvent li\u00e9s \u00e0 des probl\u00e9matiques m\u00e9caniques : casse, crevaison&#8230;etc. Comme cette fois \u00e0 Dubrovnik o\u00f9 nous nous infligeons 200 m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9 tournant en rond afin de trouver un magasin de v\u00e9lo. Il fallait imp\u00e9rativement un nouveau pneu pour Livingston dont l&rsquo;ancien s&rsquo;est fait taillad\u00e9 par un \u00e9clat de verre. D&rsquo;autres impr\u00e9vus sont plus amusants, comme lors du passage de fronti\u00e8re entre la Bosnie et la r\u00e9gion croate de Dubrovnik. R\u00e9pondant probablement au profil type des consommateurs de drogue : masculin, 25 \u00e0 30 ans, barbus, l&rsquo;air sale et hirsute. Nous devons faire face \u00e0 une fouille de nos affaires. Celle-ci ne semble pas s&rsquo;\u00e9terniser mais le douanier d\u00e9couvre un vieux rouleau de papier \u00e0 rouler trouv\u00e9 par terre, compl\u00e9ment coll\u00e9, inutilisable et dont l&rsquo;existence avait \u00e9t\u00e9 totalement oubli\u00e9e tant nous menons une vie d&rsquo;esth\u00e8te <em>mens sana in corpore sano<\/em>. Goguenards et s\u00fbrs de notre totale innocence, nous r\u00e9sistons alors aux coups de pression des policiers et les laissons vider nos sacoches avec d\u00e9lectation. Il faudra finalement que Clem passe une sorte de test qui analyse les \u00e9ventuels r\u00e9sidus de drogue sur la peau pour qu&rsquo;ils nous laissent repartir vers Dubrovnik.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Il arrive presque chaque jour une sensation particuli\u00e8re au cours de notre \u00e9tape. C&rsquo;est un instant plus ou moins long, moment de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 parfaite o\u00f9 nous atteignons un \u00e9tat d&rsquo;harmonie absolu. Cela se passe souvent lors d&rsquo;une section plate avec un l\u00e9ger vent de dos, durant laquelle amener le v\u00e9lo \u00e0 35km\/h ne requiert presque pas d&rsquo;effort. L&rsquo;inertie cr\u00e9\u00e9e par notre chargement fait le reste du travail et le paysage d\u00e9file alors \u00e0 toute vitesse. Chaque tour de roue est juste un pur bonheur et confortablement juch\u00e9s sur notre bicyclette nous nous sentons en ad\u00e9quation avec ce moyen de locomotion. Ce sentiment nous arrive aussi lors d&rsquo;une pente o\u00f9 la vitesse est uniquement procur\u00e9e par cette gravit\u00e9, terrible alli\u00e9 qui peut se retourner contre nous d&rsquo;un virage \u00e0 l&rsquo;autre si le profil de la route devient ascendant. Et dans les longues descentes de plusieurs kilom\u00e8tres, nous l\u00e2chons totalement la bride \u00e0 Joshua et Livingston. \u00c0 60km\/h, en cherchant l&rsquo;aspiration du premier, le second se retrouve alors propuls\u00e9 en t\u00eate et c&rsquo;est ensuite le suivant qui r\u00e9cup\u00e8re l&rsquo;aspiration prenant \u00e0 son tour les devants. Et nous, tels des princes du bitume aux yeux brillants, nous rions aux \u00e9clats de ce ballet qui nous shoote \u00e0 l&rsquo;adr\u00e9naline.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">En fin de journ\u00e9e lorsque la lassitude est sur le point de triompher, il faut rapidement faire le plein d&rsquo;eau pour la soir\u00e9e, chose relativement facile dans les zones urbanis\u00e9es que nous traversons. Et nous devons ensuite identifier un endroit o\u00f9 poser le duvet, du moins ce qu&rsquo;il en reste pour Max. Trouver le spot id\u00e9al de bivouac est parfois facile comme cette petite crique idyllique \u00e0 Mala Duba, 30 kilom\u00e8tres au sud de Makarska, o\u00f9 nous dormons \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;une petite waterline de 30m. Mais ce n&rsquo;est pas si \u00e9vident au Mont\u00e9n\u00e9gro. Lors du premier bivouac r\u00e9veill\u00e9s au matin par la police alors que nous prenons nos aises dans une sorte de campement lugubre compl\u00e8tement laiss\u00e9 \u00e0 l&rsquo;abandon le long d&rsquo;un terrain de foot.<br>\u00ab&nbsp; What are you doing here? It&rsquo;s private, you must go!<br>\u2014&nbsp;Yes sir, sorry sir!&nbsp;\u00bb<br>Et le second bivouac dans ce petit pays a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 beaucoup trop tardivement, au bord de la route, de nuit \u00e0 20h. Sans doute \u00e0 cause d&rsquo;une erreur strat\u00e9gique compos\u00e9e d&rsquo;un coucher de soleil sur la plage de Budva, d&rsquo;une bi\u00e8re de 2L et d&rsquo;un gros sachet de cacahu\u00e8tes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">C&rsquo;est au niveau de la ville de Bar que nous tirons notre r\u00e9v\u00e9rence \u00e0 Mademoiselle Adriatique, \u00e9crin placide aux eaux sal\u00e9es, et nous filons vers l&rsquo;int\u00e9rieur des terres en direction de l&rsquo;Albanie. La magie s&rsquo;op\u00e8re, toujours entour\u00e9s d&rsquo;oliviers centenaires, nous r\u00e9alisons que nous sommes maintenant dans les Balkans et le passage de la fronti\u00e8re entre le Mont\u00e9n\u00e9gro et l&rsquo;Albanie se fait sans encombre. Cet ancien pays communiste autrefois d\u00e9cri\u00e9 par la communaut\u00e9 internationale et toujours source de fantasmes plus ou moins vrai concernant le crime organis\u00e9 nous accueille \u00e0 bras ouverts. Fini le tourisme de masse et les villes-camping mortes des c\u00f4tes Dalmates. L&rsquo;Albanie grouille de vie, le son du Muezzin r\u00e9sonne pendant notre pause-d\u00e9jeuner, des enfants, nombreux et tapageurs, apparaissent soudainement et nous lancent de g\u00e9n\u00e9reuses salutations sur notre passage. Les klaxons des v\u00e9hicules deviennent sympathiques et sont utilis\u00e9s pour nous saluer et non plus pour r\u00e9primander nos trajectoires erratiques de cyclistes. Participant \u00e0 la sensation de remonter le temps, des troupeaux de moutons croisent d&rsquo;antiques charrettes tir\u00e9es par des chevaux de chair et d&rsquo;os, tandis que des Mercedes de toutes les g\u00e9n\u00e9rations vrombissent sur le macadam. Mal\u00e9diction des pays en d\u00e9veloppement, les foss\u00e9s sont jonch\u00e9s de d\u00e9tritus de toutes sortes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Et les kilom\u00e8tres s&rsquo;encha\u00eenent \u00e0 toute vitesse dans ces d\u00e9cors temporels et culturels si diff\u00e9rents. Poussant nos v\u00e9los et nos jambes au maximum, nous d\u00e9passons souvent les 100 kilom\u00e8tres dans une journ\u00e9e. Nous pensons particuli\u00e8rement \u00e0 nos nombreux amis r\u00e9unionnais qui sont sur le point de vivre le week-end du Grand Raid, et qui vont souffrir et se d\u00e9passer le temps d\u2019une course. Ce que nous faisons est un jeu d\u2019enfant compar\u00e9 aux 170 km de la diagonale des fous&nbsp;! Parfois les routes deviennent caboss\u00e9es et l&rsquo;in\u00e9vitable se produit : une chute pour Joshua qui entra\u00eene un porte-bagage \u00e0 r\u00e9parer, une fixation de sacoche qui casse pour Livingston. Pas de ravitaillements organis\u00e9s pour nous, mais \u00e0 chaque fois les Albanais nous aident en nous pr\u00eatant des outils ou en d\u00e9nichant une petite vis perdue, pour remettre nos v\u00e9los en \u00e9tat, et nous repartons de plus belle, avec l\u2019\u00e9nergie de la solidarit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Arriv\u00e9s \u00e0 Tirana nous sommes superbement accueillis dans un appartement situ\u00e9 au 10\u00e8me \u00e9tage d\u2019un immeuble du centre-ville par Eduina. Excellente amie d&rsquo;un ancien camarade \u00e9tudiant de Max, elle nous invite chez elle, avec un grand sourire. Programmeuse informatique, adepte de jeux en ligne, les cheveux teints en bleu et rose, elle est en train de n\u00e9gocier un visa pour partir travailler en Allemagne. Elle a d\u00e9j\u00e0 un emploi sur place mais les formalit\u00e9s peuvent prendre de nombreux mois. Nos affaires envahissent son espace vital, les v\u00e9los sur le balcon et nos sacoches entass\u00e9es dans un coin de la cuisine, qui est aussi le salon, la salle \u00e0 manger et notre chambre pour les jours \u00e0 venir. Eduina prend avec philosophie ce chamboulement dans sa vie quotidienne. Et pour nous, c\u2019est un retour \u00e0 la vie citadine, riche de d\u00e9couvertes culinaires locales en quantit\u00e9s gargantuesques ! Apr\u00e8s une soir\u00e9e dans les bars branch\u00e9s de la capitale nous dormons pour la premi\u00e8re fois depuis 40 jours sous un toit et sur un matelas&#8230; Alors nous nous laissons bercer par le ronronnement de la ville, satisfaits de notre progression rapide, \u00e0 peine d\u00e9rang\u00e9s par ce l\u00e9ger fourmillement au bout de nos doigts \u00e0 la peau neuve qui semblent impatients de serrer du rocher grec&#8230;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh3.googleusercontent.com\/d-pS3_VqX68dkmPzEap5dN6MbJgkvtUC-yTRXv6seaWyhTgko-dQnEy1HZ1naWuKYAhDt7SG_NjMB5p-1-Pxp6r84bMcrN3qnwrOf40nKHIcLGF8tNzY6V1V9dgJHG9owaNOCbKzJUkAkHjERBU3sB03kjudcwLemXnsZ_EjKagHHoEpQM4qJdMV_KwSxTf1vMqCVGg3qw\" alt=\"Obsession Min\u00e9rale - Escalade et canyoning \u00e0 Rodellar et en Royans-Vercors\"><\/figure>\n\n\n\n<p><em>Bivouac lugubre mais confortable juste apr\u00e8s la fronti\u00e8re du Mont\u00e9n\u00e9gro, probablement dans un ancien centre de formation compl\u00e8tement laiss\u00e9 \u00e0 l\u2019abandon. Nous y serons n\u00e9anmoins d\u00e9log\u00e9s par la police le lendemain matin.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">[Km 1841]&nbsp;Le Grand Bond en avant<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">R\u00e9guli\u00e8rement pendant une journ\u00e9e de v\u00e9lo ou d&rsquo;escalade, face \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition des efforts et la difficult\u00e9 technique pour franchir certains passages nous sortons de notre zone de confort et repoussons nos limites. Le d\u00e9passement de soi est bien s\u00fbr ce que nous recherchons et cela am\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;am\u00e9lioration de nos capacit\u00e9s sportives. Mais in\u00e9vitablement, lassitude et fatigue s&rsquo;incrustent dans notre duo. Avec elles, les r\u00e9actions peuvent se faire plus s\u00e8ches et l&rsquo;\u00e9coute de l&rsquo;autre moins attentive. Apr\u00e8s 45 jours pass\u00e9s sans interruption, ensemble du lever au coucher du soleil et partageant la plupart des nuits sous la m\u00eame tente, il s&rsquo;agit de garder l&rsquo;entrain et la motivation du d\u00e9but. Plong\u00e9s dans la passion de ce voyage, la coh\u00e9sion de la cord\u00e9e est indispensable et n\u00e9cessite de salutaires remises en questions sur nos attitudes respectives. Nous devons prendre du recul et certains soirs, discutons avec une totale franchise. Nous \u00e9changeons sur les comportements de l&rsquo;un ou l&rsquo;autre qui nous ont enthousiasm\u00e9s ou d\u00e9plus au cours de la journ\u00e9e. Cela permet de d\u00e9velopper une meilleure compr\u00e9hension mutuelle et surtout, nous nous d\u00e9couvrons et apprenons sur nous-m\u00eames. Dimension spirituelle de l&rsquo;aventure qui pousse autant \u00e0 la progression physique qu&rsquo;\u00e0 la perfectibilit\u00e9 mentale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Attach\u00e9s tous les deux \u00e0 croquer les fruits de ce voyage autant que possible, nous r\u00eavons aussi de projets futurs dans des environnements bien diff\u00e9rents. Au m\u00eame titre que la lecture, discuter ensemble permet de r\u00eaver, de s&rsquo;\u00e9vader et de prendre de la hauteur par rapport \u00e0 notre situation actuelle. Nous r\u00eavons ainsi d&rsquo;oc\u00e9ans, de neige, de glace, de sauts de falaises et de vols en parapente. Parmi les projets futurs sont \u00e9voqu\u00e9s des travers\u00e9es \u00e0 crampons entre les aiguilles de Chamonix et \u00e0 la voile sur l&rsquo;eau ou dans l&rsquo;air&#8230; Finalement plein d&rsquo;id\u00e9es parfois \u00e9loign\u00e9es du rocher et des cliquetis m\u00e9caniques d&rsquo;un syst\u00e8me de transmission. Quoi qu&rsquo;il fasse l&rsquo;humain a besoin de cycles (ici dans le sens \u00ab&nbsp;suite de ph\u00e9nom\u00e8nes&nbsp;\u00bb!) et doit se cr\u00e9er des envies d&rsquo;ailleurs n\u00e9cessaires \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre et \u00e0 la motivation pour ses projets du moment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Ce matin-l\u00e0, lorsque nous levons l&rsquo;ancre et quittons notre beau mouillage de l&rsquo;appartement d&rsquo;Eduina, nous sommes gonfl\u00e9s \u00e0 bloc, toutes les batteries recharg\u00e9es et les v\u00e9los car\u00e9n\u00e9s. Nous sortons en trombe de Tirana, cap vers l&rsquo;Est, droit vers les montagnes. Nous voguons efficacement sur de belles routes albanaises, peu fr\u00e9quent\u00e9es, ouvrant grands les yeux face au spectacle d&rsquo;une ruralit\u00e9 d\u00e9paysante. Ici une femme m\u00e8ne \u00e0 la baguette d&rsquo;innombrables dindons qui gloussent fr\u00e9n\u00e9tiquement sur notre passage. L\u00e0 des fermiers coupent \u00e0 la faux les herbes d&rsquo;un champ et ramassent leur r\u00e9colte dans de grands sacs de toiles pour les charger sur des hongres placides au regard vitreux. Happ\u00e9s par l&rsquo;ambiance de l&rsquo;Albanie nous ne voyons pas la temp\u00eate venir. Un pont effondr\u00e9 nous oblige \u00e0 traverser une rivi\u00e8re \u00e0 gu\u00e9 et soudainement la route devient une piste stri\u00e9e d&rsquo;orni\u00e8res aux galets roulants. La douce musique lubrifi\u00e9e de nos roulements devient un tintamarre de sons d\u00e9chirants. Tout s&rsquo;entrechoque dans les sacoches, la moindre vis grince, la cha\u00eene claque sur le cadre et des galets viennent cogner lourdement sur nos manivelles. Et nous, pauvres \u00e8res, esp\u00e9rons \u00e0 chaque virage retrouver une surface praticable. Afin de sauvegarder au maximum l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de Joshua et Livingston nous r\u00e9duisons la voilure, posons le soulier au sol et poussons laborieusement nos barcasses durant les 20 kilom\u00e8tres que dure le calvaire. \u00c0 certains moments, nous ne voyons plus aucune trace de civilisation, s&rsquo;interrogeant int\u00e9rieurement sur cette obstination t\u00eatue qui nous emm\u00e8ne naviguer au pr\u00e8s, dans de tels vents contraires. Heureusement, quelques habitants crois\u00e9s le long de l&rsquo;itin\u00e9raire nous rassurent sur la direction, sans sembler le moins du monde surpris de nous voir gal\u00e9rer sur ces trac\u00e9s perdus. Relativiser est la cl\u00e9 malgr\u00e9 les difficult\u00e9s, c&rsquo;est exaltant d&rsquo;\u00eatre perdu \u00e0 ce point-l\u00e0, explorant le concept de nulle part, aventure albanaise qui repousse bien loin tout d\u00e9sespoir. Puis la temp\u00eate se calme les vents s&rsquo;apaisent et en fin de journ\u00e9e nous retrouvons les aliz\u00e9s parfaits d&rsquo;une route en asphalte, moelleuse et douce sous nos roues comme la moquette d&rsquo;un h\u00f4tel de luxe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Le soir nous nous arr\u00eatons dans une auberge chaleureuse de bord de route. Affam\u00e9s, Max fait une entorse \u00e0 son r\u00e9gime v\u00e9g\u00e9tarien pour go\u00fbter le tav\u00eb kosi sp\u00e9cialit\u00e9 locale de la r\u00e9gion d&rsquo;Elbasan, de l&rsquo;agneau mijot\u00e9 dans une sauce au safran et au yaourt caill\u00e9. La salade de crudit\u00e9s, agr\u00e9ment\u00e9e d&rsquo;huile d&rsquo;olive et de fromage de brebis qui accompagne le plat est exquise. Un point de plus pour l&rsquo;Albanie qui sait proposer des fromages savoureux \u00e0 ses voyageurs fran\u00e7ais. Le soir, nous posons notre tente dans le jardin de la taverne, strat\u00e9gie de bivouac efficace qui sera r\u00e9p\u00e9t\u00e9e la nuit suivante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Au petit matin, nos petit-d\u00e9jeuners sont copieux, riches et sucr\u00e9s, \u00e0 base de p\u00e2tisseries orientales et de biscuits secs. Plus nous montons, plus le froid se fait sentir et les signes de l&rsquo;automne apparaissent. Pendant la nuit, le mercure fr\u00f4le le z\u00e9ro et peine \u00e0 remonter tant les rayons du soleil percent avec difficult\u00e9 la nappe de brume qui enveloppe le paysage. Nous longeons un grand cours d&rsquo;eau, le Devoll, qui serpente entre des gorges abruptes \u00e0 la v\u00e9g\u00e9tation d\u00e9garnie et soumises \u00e0 une forte \u00e9rosion. La rivi\u00e8re devient torrent et ses eaux tumultueuses repr\u00e9sentent une manne \u00e9conomique pour ce pays en d\u00e9veloppement. Nous croisons ainsi de titanesques barrages hydrauliques en travaux qui se dressent en travers de la vall\u00e9e. La cons\u00e9quence est imm\u00e9diate, des centaines de camions empruntent le m\u00eame itin\u00e9raire que nous, charriant rochers et mat\u00e9riaux, soulevant de la poussi\u00e8re, et pire que tout, massacrant la route qui devient piste&#8230; D\u00e9j\u00e0-vu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Plus loin, sur les hauts plateaux qui entourent la ville de Kor\u00e7a, nous voyons des ruines industrielles, de hauts fourneaux d\u00e9labr\u00e9s et des vieilles usines \u00e0 l&rsquo;abandon. Ce sont les vestiges de l&rsquo;\u00e9poque pas si lointaine o\u00f9 l&rsquo;Albanie vivait en quasi-autarcie dans un r\u00e9gime communiste repli\u00e9 sur lui-m\u00eame. Si le grand bond en avant n&rsquo;aura malheureusement pas eu lieu pour ce pays, il est bien concret pour nous et infatigablement nous encha\u00eenons les kilom\u00e8tres. Les v\u00e9los font preuve d&rsquo;une r\u00e9sistance remarquable et la fronti\u00e8re grecque se dresse enfin devant nous. Back in the European Union, petite sensation de retour chez soi, monnayant \u00e0 nouveau avec ces bons vieux euros, et sans frais de roaming sur le t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Sur les petites routes que nous empruntons en Gr\u00e8ce, nous croisons des migrants qui marchent lentement vers le Nord. \u00c9changes brefs, des sourires quelques mots, en tant que repr\u00e9sentants privil\u00e9gi\u00e9s d&rsquo;une nation riche, peut-\u00eatre un peu de g\u00eane aussi. Nos itin\u00e9raires se croisent mais nos routes sont diff\u00e9rentes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Nous rencontrons \u00e9galement Fr\u00e9d\u00e9rik, Allemand tour du mondiste \u00e0 v\u00e9lo, ayant d\u00e9j\u00e0 4000 kilom\u00e8tres au compteur. Joshua et Livingston font aussi p\u00e2le figure face \u00e0 son magnifique v\u00e9lo bard\u00e9 des derni\u00e8res technologies que nos trois poils au menton face \u00e0 sa longue barbe de baroudeur. Nous \u00e9changeons les amabilit\u00e9s d&rsquo;usage, compr\u00e9hension mutuelle entre cyclo-voyageurs. Sa route le m\u00e8ne en Turquie et vers le Caucase. La n\u00f4tre nous pousse vers le Sud. Au terme d&rsquo;une \u00e9tape de 130 kilom\u00e8tres, les sommets mythiques des M\u00e9t\u00e9ores \u00e9mergent \u00e0 l&rsquo;horizon. Fin du grand bond en avant, nos mollets soupirent de soulagement.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh3.googleusercontent.com\/5fuRmnrVfZd5jDlNLhYsJxd5Y4-Y_g5VgMbVycB6Pl95etRsgSyNhriQxlLbrHUg6fPqIwNpQR0jCWiWPMXA0x-9ARqPUleUY6R2iKSzIMQKbfDsC0gID17MpXtCjbZ-ORCNMdcf5LmWn8F8VxWdeZFb0eaAsesKOnqkUDH0R1R5bKCDOvXnJYay345xdUHSpcitAqpDUw\" alt=\"Obsession Min\u00e9rale - Escalade et canyoning \u00e0 Rodellar et en Royans-Vercors\"><\/figure>\n\n\n\n<p><em>La piste usante sur laquelle nous nous \u00e9garons permet de traverser de beaux villages albanais. Le d\u00e9paysement est total par rapport \u00e0 la c\u00f4te adriatique et nous appr\u00e9cions cette dure \u00e9tape de notre voyage, qui procure un sentiment d\u2019\u00e9loignement total par rapport au reste de l\u2019Europe.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">[Km 1934] Escalades sacr\u00e9es dans les M\u00e9t\u00e9ores<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Doupiani, Sourloti, Pixari, Helliger Geist, Bantovas, Alpha Spur&#8230; Il existe d&rsquo;innombrables sommets aux M\u00e9t\u00e9ores. Certains font plusieurs centaines de m\u00e8tres de haut, d&rsquo;autres quelques dizaines. Ils ont tous leur forme propre et leurs particularit\u00e9s bien diff\u00e9rentes. L&rsquo;un se dresse tel un aileron de requin titanesque, un autre ressemble \u00e0 un gruy\u00e8re fondu tellement il est parsem\u00e9 de grottes et de trous&#8230; Tous offrent le m\u00eame rocher, conglom\u00e9rat hallucinant compos\u00e9 de galets li\u00e9s par un ciment sableux. Le nom M\u00e9t\u00e9ores vient de la mythologie locale qui consid\u00e8re que ces roches ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9es par le Ciel pour permettre aux asc\u00e8tes et ermites de se retirer du monde. On doit ainsi partager ce superbe terrain de jeux avec les moines chr\u00e9tiens orthodoxes qui \u00e9rigent leurs \u00e9difices religieux sur ces tours depuis le XII\u00e8me si\u00e8cle, souvent \u00e0 l&rsquo;aplomb du vide. Des myst\u00e8res circulent comme cette croix massive plant\u00e9e depuis 700 ans au sommet d&rsquo;un pic extr\u00eamement raide dont la premi\u00e8re ascension connue date seulement du si\u00e8cle dernier. Ainsi, le lieu marque d\u00e9finitivement les esprits de par son caract\u00e8re historique et mystique. Chaque ascension nous offre une vue diff\u00e9rente sur le village de Kastraki et la petite ville de Kalambaka entour\u00e9s par ces donjons de sable mill\u00e9naires. Chaque sommet nous invite \u00e0 la m\u00e9ditation et la contemplation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Pour se hisser sur ces pics, il faut puiser dans nos ressources mentales. Le poudingue (autre nom pour conglom\u00e9rat) si particulier est aussi extr\u00eamement fragile. La progression est d\u00e9licate, nous devons agripper des galets qui d\u00e9passent du ciment sableux. Certains font la taille d&rsquo;un ongle, et d&rsquo;autres sont plus gros que des past\u00e8ques. R\u00e9guli\u00e8rement les cailloux cassent sous notre poids, et si nous ne sommes pas dans une situation d&rsquo;\u00e9quilibre parfaite, la chute est in\u00e9vitable. Les prises \u00e9tant souvent de forme ovo\u00efde nous grimpons sur des \u0153ufs au sens propre comme au sens figur\u00e9. Les points d&rsquo;assurage sont souvent espac\u00e9s et il faut parfois s&rsquo;\u00e9lever plusieurs m\u00e8tres au-dessus de la derni\u00e8re d\u00e9gaine avant de pouvoir clipper la suivante, ce qui rajoute une dimension psychologique \u00e9prouvante. Et l&rsquo;assureur n&rsquo;est pas en reste. Au-del\u00e0 du fait qu&rsquo;il est rarement plaisant de voir son grimpeur faire un vol de dix m\u00e8tres sur une r\u00e2pe \u00e0 fromage g\u00e9ante, il doit constamment s&rsquo;attendre \u00e0 voir pleuvoir des cailloux sur lui sans la moindre sommation. \u00c0 plusieurs reprises nous entendons les galets siffler \u00e0 nos oreilles et devons donc faire preuve d&rsquo;anticipation et de r\u00e9activit\u00e9 pour les \u00e9viter. Lorsque le grimpeur s&rsquo;engage sur de longues parties sans protection, l&rsquo;assureur donne du mou d\u00e9licatement. \u00c0 chaque m\u00e8tre gagn\u00e9 sur la paroi, la tension augmente imperceptiblement jusqu&rsquo;\u00e0 la pose salvatrice d&rsquo;une protection qui provoque un soupir de soulagement d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre de la cord\u00e9e&#8230;puis \u00e7a recommence. Heureusement, notre pratique intensive de l&rsquo;escalade de ces derni\u00e8res semaines, associ\u00e9e \u00e0 deux jours de repos impos\u00e9s par les premi\u00e8res pluies depuis trois mois dans la r\u00e9gion, nous permet de prendre \u00e9norm\u00e9ment de plaisir sur les grandes voies mythiques de cet endroit magique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">&nbsp;Et les mots du <em>Manifeste pour une escalade po\u00e9tique<\/em> d&rsquo;Antoine Le M\u00e9nestrel r\u00e9sonnent dans notre t\u00eate. \u00ab&nbsp;La paroi est une partition gestuelle. Il est indispensable de lire cette partition et d\u2019avoir un corps \u00e0 corps avec la roche. On se connecte avec ce rythme en grimpant avec fluidit\u00e9 ou d\u00e9termination, avec des mouvements dynamiques et des pauses. [&#8230;] Je me place et la prise vient \u00e0 moi. [&#8230;] Chaque prise est unique et fait partie du patrimoine min\u00e9ral de l&rsquo;escalade. Chaque prise est vivante, s&rsquo;use avec le temps et le passage des grimpeurs. Chaque prise peut se casser sous les pr\u00e9hensions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, victime de son succ\u00e8s.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Nous encha\u00eenons une grande voie par jour en cherchant les faces les plus verticales aux lignes de perspectives \u00e9tourdissantes. C&rsquo;est ainsi que nous nous lan\u00e7ons dans <em>Kiesel am Himmel<\/em> (7a+) voie ouverte par des Allemands dans les ann\u00e9es 80 et qui signifie litt\u00e9ralement <em>Des galets dans le ciel<\/em>. Nous parcourons \u00e9galement de grandes voies classiques du lieu comme <em>Action directe<\/em> (8b, 6c obligatoire), <em>Duett<\/em> (7a) et <em>Orchidea<\/em> (7b+). Le topo d&rsquo;escalade des M\u00e9t\u00e9ores nous sert de guide et s&rsquo;av\u00e8re tr\u00e8s utile avant de se lancer dans un itin\u00e9raire, afin de savoir \u00e0 quel point ce dernier sera difficile et engag\u00e9. N\u00e9anmoins, nous restons aussi \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de notre instinct. Une falaise en particulier attire le regard lorsque nous marchons dans le village de Kastraki. Il s&rsquo;agit de l&rsquo;\u00e9crasante face du Pixari qui domine notre camping. Mais impossible de trouver la moindre information sur d&rsquo;\u00e9ventuelles voies en place dans les derni\u00e8res \u00e9ditions des topos trouv\u00e9s. Cela nous semble invraisemblable tant la face est pure et nous poursuivons nos recherches sur internet. C&rsquo;est alors que Clem d\u00e9couvre un document \u00e9crit dans un allemand ind\u00e9chiffrable qui relate l&rsquo;ouverture d&rsquo;une grande voie sur le pilier gauche de la falaise, <em>Heureka!<\/em>, car tel est son nom. Cette exp\u00e9dition date seulement de 2017 et n&rsquo;appara\u00eet sur aucun ouvrage. Les grimpeurs que nous rencontrons n&rsquo;en connaissent pas l&rsquo;existence mais toutes les informations sont indiqu\u00e9es pour l&rsquo;effectuer, 180 m\u00e8tres de long, et 7 longueurs dont les cotations dans l&rsquo;ordre sont les suivantes : 6a, 6b, 7b, 7b, 6c+, 6c et 5. Lorsque nous effectuons un rep\u00e9rage au pied du mur, l&rsquo;\u00e9quipement nous semble parfait, et nous d\u00e9cidons aussit\u00f4t de nous lancer dans le projet. Dans les longueurs cl\u00e9s, nous cassons maintes prises, souvent en effectuant les mouvements les plus techniques, ce qui a la f\u00e2cheuse tendance d&rsquo;augmenter encore plus la difficult\u00e9 d&rsquo;une section. Mais nous vivons une belle aventure, avec la sensation d&rsquo;\u00eatre des pionniers, nettoyant et purgeant (contre notre gr\u00e9) une voie qui pourrait un jour devenir une grande classique. La verticalit\u00e9 y est incroyable, plus pure que tout ce que nous avions grimp\u00e9 jusque-l\u00e0. Pourtant habitu\u00e9s au vide, notre c\u0153ur s&#8217;emballe, se met \u00e0 battre la chamade et une boule nous monte dans la gorge \u00e0 plusieurs reprises lorsque nous regardons sous nos chaussons. Mais nous parvenons enfin au dernier relais relais, esseul\u00e9s et heureux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Le but d&rsquo;effectuer cette voie \u00e9tait \u00e9galement de faire un rep\u00e9rage au sommet du Pixari afin de r\u00e9p\u00e9ter une highline ouverte en 2009 par des am\u00e9ricains. Et apr\u00e8s une heure de recherches infructueuses, nous ne trouvons aucun point d&rsquo;ancrage. Nous contactons ensuite les ouvreurs sur Facebook et par email, sans succ\u00e8s. Ce nouvel \u00e9chec pour poser une highline nous fait r\u00e9aliser qu&rsquo;il \u00e9tait sans doute trop compliqu\u00e9 d&rsquo;int\u00e9grer cette discipline dans notre voyage. Pour tendre des lignes dans des endroits o\u00f9 la pratique et la communaut\u00e9 sont peu d\u00e9velopp\u00e9es, il faut du temps et de l&rsquo;\u00e9nergie pour d\u00e9nicher les meilleurs spots soi-m\u00eame et surtout beaucoup plus de mat\u00e9riel pour percer et cr\u00e9er les ancrages. Cela ne se pr\u00eate que difficilement avec un voyage \u00e0 v\u00e9lo dans lequel l&rsquo;escalade prend une place centrale. La libert\u00e9 que nous ch\u00e9rissons \u00e0 se d\u00e9placer dans l&rsquo;Europe sur nos deux roues doit aussi nous permettre de remettre en question les objectifs initiaux que nous nous \u00e9tions fix\u00e9s au d\u00e9part. Nous d\u00e9cidons ainsi de nous s\u00e9parer de notre sangle en la confiant \u00e0 des amis fran\u00e7ais rencontr\u00e9s aux M\u00e9t\u00e9ores. Cela nous fera gagner un poids non n\u00e9gligeable pour les kilom\u00e8tres restants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">En dehors de la grimpe nous partageons des moments g\u00e9niaux avec neufs comp\u00e8res fran\u00e7ais, qui auront illumin\u00e9s nos ap\u00e9ros et nos soir\u00e9es par leur bonne humeur et leur gentillesse \u00e0 notre \u00e9gard. Tous instituteurs dans la r\u00e9gion de Lyon, tellement disponibles pour rigoler et prendre l&rsquo;ap\u00e9ro, nous avons du mal \u00e0 les imaginer mari\u00e9s et p\u00e8res de famille. Ils d\u00e9dient tous les ans une semaine de leurs vacances \u00e0 un trip escalade. Apr\u00e8s de longues discussions, chacun luttant contre la terrible inertie d&rsquo;un groupe si nombreux, ils s&rsquo;engagent sur une voie les uns derri\u00e8re les autres, par cord\u00e9e de trois, les vannes et les plaisanteries fusant de toutes parts. Une plaie pour les autres grimpeurs souhaitant faire le m\u00eame itin\u00e9raire, mais un r\u00e9gal pour ceux \u00e9voluant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 ! David, J\u00e9r\u00f4me, Aur\u00e9lien, Corentin, Paul, Julien, Ga\u00ebl, Christophe et Pierrot, un grand merci pour les moments partag\u00e9s au pied des M\u00e9t\u00e9ores.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Malgr\u00e9 toute la beaut\u00e9 du lieu, nous restons fid\u00e8les \u00e0 notre slogan favori : \u00ab&nbsp;le mouvement c&rsquo;est la vie et la vie c&rsquo;est le mouvement&nbsp;\u00bb, et reprenons la route vers le sud. D&rsquo;autant plus qu&rsquo;un secteur magnifique nous attend \u00e0 50 kilom\u00e8tres, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du petit village de Mouzaki. N\u00e9anmoins, une halte est indispensable dans le magasin d&rsquo;escalade de Trikala car Clem a d\u00e9finitivement ruin\u00e9 ses chaussons sur les galets des M\u00e9t\u00e9ores. La belle falaise d\u00e9versante de Mouzaki nous offre de superbes couennes sur un calcaire compact. C&rsquo;est tellement diff\u00e9rent du conglom\u00e9rat de ces derni\u00e8res semaines, et il faut se r\u00e9habituer ! Au pied du mur, les grimpeurs locaux ont construit un refuge qu&rsquo;ils rendent accessible et gratuit pour tout le monde. Alors nous en profitons deux nuits et posons un bivouac bien confortable dans ce petit chalet. Le style d&rsquo;escalade est tr\u00e8s classe, assez physique, les cotations s\u00e8ches et la peau de nos doigts se retrouve rapidement dans la zone rouge. Il faut nous reposer, se refaire tranquillement sur nos v\u00e9los et quittons ainsi, \u00e0 regret, cette petite p\u00e9pite de la Gr\u00e8ce centrale.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh6.googleusercontent.com\/8GbNOvovmQaFO_N0oQTdMrsIQQTzSRxrsdKxzUYiIL8kDw1WMDVG8akCoERdjm0bbpkZvK_tkiwQNIlzpdWi8BnaQjx1okfBqh1Jifjvn2dNZt-dhuDsHlZTHj_3W79y8QgcTckKcC_9psWheJznXdGK3K_MDd533MPkgI7sfpXRkHEe_jOsqCC0vmKBKAHKYV1tIRgWMw\" alt=\"Obsession Min\u00e9rale - Escalade et canyoning \u00e0 Rodellar et en Royans-Vercors\"><\/figure>\n\n\n\n<p><em>Max \u00e0 l\u2019assaut du Pixari, l\u2019une des nombreuses tours des M\u00e9t\u00e9ores. Cette voie toute r\u00e9cente, ouverte en 2017 nous oblige \u00e0 puiser dans nos ressources physiques et mentales tant le rocher est encore fragile. Parfois des prises importantes des passages cl\u00e9s se brisent sous notre poids et nous devons retrouver une nouvelle s\u00e9quence de mouvements afin de franchir le pas.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">[Km 2495] Les portes du P\u00e9loponn\u00e8se<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Ce matin, en quittant notre confortable refuge au pied de la falaise de Mouzaki, nous savons que nous attaquons la plus longue s\u00e9quence 100% cyclo de notre voyage : 460 kilom\u00e8tres jusqu&rsquo;\u00e0 la ville de Nauplie (se dit Nafplio en grec) \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e du P\u00e9loponn\u00e8se. Nos jambes sont pr\u00eates, rod\u00e9es par les 1900 kilom\u00e8tres d\u00e9j\u00e0 parcourus depuis Venise. Et notre esprit, lui, suit comme il peut, ne r\u00e9alisant pas tout fait qu&rsquo;il parcourt d\u00e9j\u00e0 la Gr\u00e8ce et paradoxalement, se voyant d\u00e9j\u00e0 grimper sur les voies color\u00e9es du P\u00e9loponn\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Le cycliste \u00e9volue dans un entre-deux : ni tout \u00e0 fait sur la route, ni tout \u00e0 fait sur le bas-c\u00f4t\u00e9 de la chauss\u00e9e. Il se voit repouss\u00e9 de la gauche par le trafic des engins motoris\u00e9s et de la droite par une vari\u00e9t\u00e9 d&rsquo;obstacles impressionnante qui va de la simple branche morte \u00e0 la carcasse de ch\u00e8vre, en passant par les d\u00e9bris de ferrailles, les \u00e9clats de verres et autres ordures jet\u00e9es par des automobilistes peu vertueux. Ces obstacles sont comme des indicateurs du niveau de d\u00e9veloppement, de conscience \u00e9cologique ou du type d&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique d\u2019une r\u00e9gion. Par l&rsquo;attention qu&rsquo;il porte devant lui, afin de conserver l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de ses pneus, par les secousses qui \u00e9branlent son v\u00e9lo lorsque l&rsquo;asphalte se fait moins r\u00e9gulier, le cyclo-voyageur est le t\u00e9moin de la nature des flux qui circulent et ressent les cicatrices d&rsquo;une route, \u00e9cho des blessures d&rsquo;un pays. Comment ne pas voir un lien entre tous ces m\u00e9gots qui jonchent la chauss\u00e9e et les feux ravageurs qui ont d\u00e9truit les for\u00eats de la r\u00e9gion d&rsquo;Ath\u00e8nes au d\u00e9but de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">La Thessalie n&rsquo;est pas le plus bel endroit que nous aurons travers\u00e9 pendant notre voyage. Apr\u00e8s l&rsquo;Albanie et les ruines fascinantes du communisme, nous faisons face aux ruines affligeantes du lib\u00e9ralisme. Les campagnes de cette r\u00e9gion sont durement touch\u00e9es par cette crise \u00e9conomique qui s\u00e9vit dans le pays depuis quelques ann\u00e9es. Caf\u00e9s, entrep\u00f4ts, stations-services et commerces d\u00e9labr\u00e9s deviennent partie int\u00e9grante du paysage. Sur des centaines de kilom\u00e8tres nous voyons des cultures intensives de coton. Cela apporte peut-\u00eatre du dynamisme et une relative prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e0 la r\u00e9gion. N\u00e9anmoins, pour le voyageur \u00e0 bicyclette, ces lignes droites interminables, bord\u00e9es par ces champs grill\u00e9s, aux plantes ternes sont peu int\u00e9ressantes et nous avons h\u00e2te de les laisser derri\u00e8re nous. Plusieurs fois nous voyons des camps de r\u00e9fugi\u00e9s officiels financ\u00e9s par l&rsquo;Union Europ\u00e9enne. Vus de l&rsquo;ext\u00e9rieur, nous voyons des dizaines de maisons-conteneurs \u00e9quip\u00e9es d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 et d&rsquo;un chauffe-eau solaire, coll\u00e9es les unes aux autres sur un terrain ferm\u00e9. Il est curieux de constater que les barbel\u00e9s des cl\u00f4tures sont orient\u00e9s vers l&rsquo;int\u00e9rieur et non vers l&rsquo;ext\u00e9rieur du camp&#8230; Plus loin, ce sont de grands panneaux sur lesquels sont affich\u00e9s, bien en \u00e9vidence, les montants des sommes investies dans le pays par l&rsquo;UE, pour effectuer des travaux routiers par exemple, comme si l&rsquo;organisation technocratique devait se racheter une image aupr\u00e8s des Grecs.<br>Les villes moyennes que nous traversons semblent mieux s&rsquo;en sortir et nous sommes surpris par l&rsquo;animation bouillonnante que nous y trouvons. Le march\u00e9 de Trikala nous r\u00e9gale de ses agrumes juteux, la pause-caf\u00e9 et chocolat dans un troquet de Karditsa aurait pu s&rsquo;\u00e9terniser un long moment, de m\u00eame que le petit d\u00e9jeuner \u00e0 Lamia. Dans les montagnes, les villes d\u2019Aliartos et Thiva sont aussi jolies que leurs campagnes sont d\u00e9primantes. Au-del\u00e0 de tous ces aspects positifs ou n\u00e9gatifs, on appr\u00e9cie tenter de d\u00e9chiffrer les lettres de l&rsquo;alphabet grec. Bien s\u00fbr, les panneaux d&rsquo;indication sont (heureusement) syst\u00e9matiquement traduits en alphabet latin. Et des noms de ville que nous croisons comme Thermopyles \u00e9voquent d&rsquo;antiques batailles c\u00e9l\u00e8bres, qui participent \u00e0 immerger notre cord\u00e9e roulante dans l\u2019univers de la Gr\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Le premier soir, nous arrivons \u00e0 la nuit tomb\u00e9e dans la ville de Lamia. Mauvais plan, les zones urbanis\u00e9es sont rarement propices aux bivouacs sauvages. \u00c0 l&rsquo;entr\u00e9e de la ville, nous h\u00e9sitons, tournons en rond quelques instants et d\u00e9cidons finalement de s&rsquo;installer au premier \u00e9tage d&rsquo;une maison en construction. Au rez-de-chauss\u00e9e, un chien r\u00f4de et aboie r\u00e9guli\u00e8rement. Cette nuit, notre voyage rev\u00eat des ailes de clochards c\u00e9lestes et Max dort tendu, \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt du moindre bruit son Opinel d\u00e9risoire \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son oreiller.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Le danger des chiens se concr\u00e9tise le lendemain. Nous avions d\u00e9j\u00e0 remarqu\u00e9 qu&rsquo;ils \u00e9taient plus nombreux qu&rsquo;ailleurs en Gr\u00e8ce, mais \u00e0 la sortie de Lamia, nous devons affronter de v\u00e9ritables meutes. Certaines se fichent compl\u00e8tement de nous et d&rsquo;autres, plus nombreuses, se ruent sur nos jarrets excit\u00e9s comme des fous furieux par notre passage. Max met des gros galets dans sa sacoche de guidon et Clem dans ses poches, pr\u00eats \u00e0 d\u00e9gainer pour se prot\u00e9ger. Ces pierres font plut\u00f4t office d&rsquo;arme de dissuasion et la r\u00e9action la plus efficace est bien souvent de p\u00e9daler \u00e0 toute vitesse, les molosses se lassant rapidement de nous suivre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Et le voyage continue, ponctu\u00e9 par de gros cols que nous passons strat\u00e9giquement en poussant comme des for\u00e7ats sur nos p\u00e9dales. Nos corps s&rsquo;habituent \u00e0 passer de longues heures sur ce cadre en acier et nous faisons de moins en moins de pauses, r\u00e9cup\u00e9rant lors des phases de descentes. Lorsque nous retrouvons enfin une vue sur une \u00e9tendue d&rsquo;eau, ce n&rsquo;est plus la cristalline Adriatique mais la mer Eg\u00e9e que nous longeons sur une dizaine de kilom\u00e8tres avant de couper \u00e0 nouveau par les montagnes. Au cours d&rsquo;une longue descente nous explosons le record de vitesse \u00e9tabli au d\u00e9but de notre voyage lors de notre entr\u00e9e en Croatie pour le pousser \u00e0 85km\/h ! Joshua et Livingston roulent mieux que jamais et volent \u00e0 travers la Gr\u00e8ce. Nous d\u00e9boulons vers Ath\u00e8nes, effleurons sa banlieue et l&rsquo;esquivons sans s&rsquo;attarder pour reprendre un cap au sud. La capitale grecque doit receler de tr\u00e9sors mais une telle cit\u00e9e tentaculaire nous semble plus \u00e9prouvante \u00e0 franchir que les pistes d&rsquo;Albanie. La mer Eg\u00e9e est \u00e0 nouveau sur notre flanc gauche, nous sommes au sud du Pir\u00e9e, droit devant nous les portes du P\u00e9loponn\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">La fronti\u00e8re entre l&rsquo;Attique (r\u00e9gion d&rsquo;Ath\u00e8nes) et le P\u00e9loponn\u00e8se est tr\u00e8s concr\u00e8te puisqu&rsquo;elle se caract\u00e9rise par le franchissement du canal d&rsquo;Isthme, construit au XIX\u00e8me si\u00e8cle, reliant la mer Ionienne \u00e0 la mer Eg\u00e9e. Quelques kilom\u00e8tres plus loin nous d\u00e9jeunons dans l&rsquo;ancienne Corinthe et visitons les ruines du temple d&rsquo;Apollon et de la ville antique. Peut-\u00eatre un peu de l&rsquo;aura du dieu de la beaut\u00e9 pourrait-elle rejaillir nos t\u00eates hirsutes mal ras\u00e9es, n&rsquo;ayant pas vu le moindre pommeau de douche depuis plusieurs jours&#8230;? Nous tentons pour un instant de s&rsquo;impr\u00e9gner de l&rsquo;histoire grandiose de l&rsquo;Antiquit\u00e9, se rem\u00e9morant nos vieux cours sur ces sujets passionnants. Puis nous enfourchons nos chars, et repartons vers le sud. Les paysages sont sublimes, les montagnes caressent le ciel au loin et tout autour de nous une alternance de plantations d&rsquo;agrumes et d&rsquo;oliviers dont on ne se lasse pas d&rsquo;admirer les troncs noueux. Un dernier col, une longue descente avec un vent de dos divin et nous voil\u00e0 dans la superbe bourgade de Nauplie, au bord de l&rsquo;eau. Ce soir c&rsquo;est baignade au coucher du soleil et nuit \u00e0 la belle \u00e9toile berc\u00e9 par un doux ressac. La temp\u00e9rature de la mer est d\u00e9licieuse, nous avons la sensation d&rsquo;avoir invers\u00e9 l&rsquo;ordre des saisons et de se retrouver au d\u00e9but de notre voyage en Croatie. Quel bonheur apr\u00e8s ces 460 kilom\u00e8tres effectu\u00e9s en quatre journ\u00e9es compl\u00e8tes ! La sensation d&rsquo;itin\u00e9rance est totale. Et surtout, apr\u00e8s tant d&rsquo;heures pass\u00e9es sur la selle, nous allons renouer avec le rocher dans un cadre paradisiaque. Vivre de tels moments est une chance inou\u00efe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Nous passons deux superbes nuits \u00e0 la belle \u00e9toile, dans une petite crique, coinc\u00e9e entre la mer et la falaise. La grimpe est g\u00e9niale sur un rocher parsem\u00e9 de trous que nous empoignons avec bonheur. Seul probl\u00e8me, l&rsquo;orientation sud de la face et cette chaleur inhabituelle pour un mois de novembre en Gr\u00e8ce ne permettent d&rsquo;en profiter qu&rsquo;aux premi\u00e8res heures du jour. Alors les apr\u00e8s-midi, nous allons fl\u00e2ner dans les jolies rues touristiques de Nauplie. En effectuant un mauvais mouvement d&rsquo;escalade, Clem se retrouve avec une m\u00e9chante contracture au cou, le jour m\u00eame o\u00f9 nous avions d\u00e9cid\u00e9 de lever le camp. La douleur ne passe pas, mais nous d\u00e9cidons quand m\u00eame de se lancer dans cette \u00e9tape de 85 kilom\u00e8tres reliant Nauplie et ce relativement r\u00e9cent site d&rsquo;escalade qui semble faire l&rsquo;unanimit\u00e9 parmi les grimpeurs : Leonidio. Nous avons tellement h\u00e2te d&rsquo;y \u00eatre, cela fait plusieurs semaines que nous r\u00eavons de ses colonnettes interminables sur ce rocher rouge vif. Retard\u00e9s par une crevaison de Livingston, cette \u00e9tape est plus longue et plus dure que pr\u00e9vu, surtout pour Clem qui doit prendre des positions peu propices au p\u00e9dalage afin de soulager sa nuque douloureuse. Il serre les dents et fait preuve d&rsquo;une belle abn\u00e9gation, soutenu apr\u00e8s chaque virage par des panoramas somptueux. Les montagnes sauvages et la mer brillante nous accompagnent et nous poussent jusqu&rsquo;\u00e0 cette Mecque de la grimpe grecque que nous atteignons au cr\u00e9puscule.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh6.googleusercontent.com\/-2Ta_GJhyVgLXaH-Rdp-RfbjamcrjWaFnHwsf_VGOtC6jex9WHIFkSq5tHP5Q3DNcNIuCuFv3gr1OSw290z5EBGTLcxy1euA21yrCS_69KISTB5iQboGQbo98WN7EDDbGqJDzI57eW5tzWX9fw52uMBaWXpjWXeD7aVwxgEoKp950ZczkJ7KB0OF81UxyF4khxDFuwnrkQ\" alt=\"Obsession Min\u00e9rale - Escalade et canyoning \u00e0 Rodellar et en Royans-Vercors\"><\/figure>\n\n\n\n<p><em>Le bivouac parfait de Nauplie dans lequel nous passons deux nuits. Les falaises sont juste derri\u00e8re et la ville \u00e0 quelques minutes de v\u00e9lo.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">[Km 2536] Leonidio, gemme convoit\u00e9e du P\u00e9loponn\u00e8se<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Leonidio est un secteur d&rsquo;escalade \u00e9norme, des falaises dans tous les sens, plus de 1600 voies en couenne et plusieurs dizaines d&rsquo;itin\u00e9raires de plusieurs longueurs. Le rocher est tr\u00e8s souvent d&rsquo;un rouge pur qui prend des nuances sanguines hallucinantes. Chaque jour des \u00e9quipeurs venus de toute l&rsquo;Europe se donnent \u00e0 c\u0153ur joie pour percer ce rocher et cr\u00e9er de nouveaux itin\u00e9raires pour le plaisir des grimpeurs du monde entier. Le topo de 2017, gracieusement pr\u00eat\u00e9 par nos amis Lyonnais des M\u00e9t\u00e9ores n&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 plus \u00e0 jour ! Le d\u00e9veloppement de l&rsquo;escalade est en partie financ\u00e9 par la mairie qui mise sur ce nouveau type de tourisme afin d&rsquo;attirer des visiteurs en dehors des p\u00e9riodes estivales : les falaises \u00e9tant souvent orient\u00e9es sud, il est id\u00e9al d&rsquo;y grimper pendant l&rsquo;hiver et les intersaisons. Et le moins qu&rsquo;on puisse dire, c&rsquo;est que \u00e7a fonctionne. En ce mois de novembre, les rues, les supermarch\u00e9s et les terrasses des petits troquets grecs sont fr\u00e9quent\u00e9s par de nombreuses personnes portant des doudounes Patagonia, Simond ou North Face, des chaussures Scarpa ou La Sportiva aux pieds&#8230; Bref, on ne croise que des grimpeurs venant des quatre coins du globe.<br>Une coop\u00e9rative d&rsquo;une dizaine de membres a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par les locaux afin d&rsquo;organiser ce formidable essor de la varappe : Panjika. Ils poss\u00e8dent un bar dans lequel ils proposent des produits locaux, un shop d&rsquo;escalade avec quelques articles dont les b\u00e9n\u00e9fices sont utilis\u00e9s pour continuer l&rsquo;\u00e9quipement des falaises alentours. Lors de nos journ\u00e9es de pause, nous passons des heures enti\u00e8res dans leur caf\u00e9, \u00e0 siroter des jus de fruits, boire du th\u00e9 et jouer aux \u00e9checs. Chaque soir, au-dessus de la ville, cette formidable barre de calcaire rouge rugit tel un dragon de l\u00e9gende sous les rayons du coucher de soleil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Nous passons nos deux premi\u00e8res nuits dans un camping qui, en plus d&rsquo;\u00eatre assez cher, est \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de Leonidio et des secteurs d&rsquo;escalade. Nous ne nous-y attardons donc pas et nous optons les nuits suivantes pour une itin\u00e9rance locale, r\u00f4deurs-cyclo-grimpeurs autour de la ville posant nos sacoches dans les champs d&rsquo;oliviers \u00e0 proximit\u00e9 des marches d&rsquo;approche, rarement longues, qui am\u00e8nent aux falaises. Nous changeons r\u00e9guli\u00e8rement d&rsquo;endroit et dormons aussi sur des terrains vagues en milieu urbain ainsi que dans un local abandonn\u00e9 le long de la plage de Plaka lors des nuits pluvieuses. Pour l&rsquo;hygi\u00e8ne, nous misons sur les baignades dans la mer Eg\u00e9e qui garde encore une temp\u00e9rature tout \u00e0 fait raisonnable et les douches de plages \u00e0 l&rsquo;eau plus fra\u00eeche et vivifiante. Dans les rues de Leonidio, les scooters sont gar\u00e9s la cl\u00e9 sur le contact, tout le monde semble se conna\u00eetre, il y r\u00e8gne une atmosph\u00e8re paisible qui pousse \u00e0 la confiance et nous nous inqui\u00e9tons tr\u00e8s peu de vols \u00e9ventuels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">D\u00e8s le premier soir, nous rencontrons Romain et Chlo\u00e9, deux jeunes fran\u00e7ais originaires de Gap qui voyagent en van depuis deux mois autour de l&rsquo;Europe. Lui est un futur guide de haute-montagne et elle, une sp\u00e9cialiste des p\u00e2turages de montagnes. Imm\u00e9diatement une belle alchimie se cr\u00e9\u00e9 entre nos deux cord\u00e9es et nous passons de nombreuses journ\u00e9es ensemble. Souvent, nous laissons nos v\u00e9los dans le centre de Leonidio, chargeons les sacoches dans leur van et partons grimper sur les falaises alentours. C&rsquo;est la premi\u00e8re fois depuis le d\u00e9part de Venise que nous montons dans un engin motoris\u00e9&#8230; Mais cela est bien pratique pour ces sessions \u00e0 la journ\u00e9e qui sont parfois \u00e0 plusieurs dizaines de kilom\u00e8tres, en altitude. Une belle \u00e9mulation se cr\u00e9\u00e9 au pied des voies, le gros niveau de Romain nous pousse \u00e0 repousser nos limites dans des voies tr\u00e8s difficiles pour nous. Et c&rsquo;est un r\u00e9el plaisir de voir Chlo\u00e9 danser sur le mur tant elle est pr\u00e9cise et fluide dans ses mouvements.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Ce qui fait l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de Leonidio, c&rsquo;est la vari\u00e9t\u00e9 des styles de rocher : de longues couennes de 40 m\u00e8tres sur des trous, des voies typ\u00e9es bloc courtes et intenses, et bien s\u00fbr ces devers tr\u00e8s inclin\u00e9s boursoufl\u00e9s d&rsquo;interminables colonnettes qui remontent jusqu&rsquo;au relais. Sur certaines longueurs, il y a tant de reliefs qu&rsquo;il est difficile de lire la voie et d&rsquo;y trouver les meilleurs prises. Il faut apprendre \u00e0 placer ses pieds, \u00e0 bloquer des genoux et serrer en douceur ces fragiles structures de calcaire. Tout ceci est d&rsquo;une telle qualit\u00e9 que Leonidio est vraisemblablement victime de son succ\u00e8s : des secteurs d&rsquo;escalade comme Mars, Twin caves ou Elona sont si beaux que certains jours il y a plus de grimpeurs au pied du mur que de voies disponibles. Malgr\u00e9 l&rsquo;ambiance bon enfant entre pratiquants, il y a tant de discussions proches que l&rsquo;on ne s&rsquo;entend plus entre grimpeur et assureur et c&rsquo;est relativement frustrant d&rsquo;attendre derri\u00e8re deux personnes pour faire une voie. Alors nous n&rsquo;h\u00e9sitons pas \u00e0 s&rsquo;\u00e9loigner vers des secteurs plus recul\u00e9s comme <em>La maison des ch\u00e8vres<\/em> qui a \u00e9t\u00e9 ouvert par la grimpeuse r\u00e9unionnaise Caroline Ciavaldini, et son copain, James Pearson, une l\u00e9gende anglaise de l&rsquo;escalade. L\u00e0-bas, nous grimpons deux jours de suite, repoussant chacun nos niveaux maximum. Gr\u00e2ce aux nombreuses d\u00e9gaines de Romain et Chlo\u00e9 nous pouvons laisser du mat\u00e9riel sur la falaise et travailler \u00e0 tour de r\u00f4le les mouvements d&rsquo;une voie pour essayer de l&rsquo;encha\u00eener d&rsquo;une traite. Nous assistons aussi \u00e0 la d\u00e9monstration d&rsquo;un local dans un 8c+ qu&rsquo;il sera tr\u00e8s pr\u00e8s de passer. Un autre grimpeur atypique d\u00e9barque \u00e9galement et se greffe \u00e0 nos cord\u00e9es pour une journ\u00e9e, s&rsquo;engageant dans du gros niveau pieds nus, sans magn\u00e9sie et sans h\u00e9sitation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Il y a tant \u00e0 d\u00e9couvrir autour de Leonidio et les jours filent \u00e0 une telle vitesse que nous allons probablement y rester encore deux semaines. Ainsi l&rsquo;aventure est toujours l\u00e0, dans ce coin recul\u00e9 du P\u00e9loponn\u00e8se, mais elle r\u00e9side d\u00e9sormais en partie dans les rencontres, et les d\u00e9couvertes quotidiennes qui participent \u00e0 cette routine qui, loin d&rsquo;\u00eatre d\u00e9plaisante, nous donne n\u00e9anmoins la sensation d&rsquo;\u00eatre arriv\u00e9 \u00e0 la destination finale de ce voyage. Alors nous r\u00e9fl\u00e9chissons au long retour en m\u00e9tropole qui d\u00e9butera d\u00e9but d\u00e9cembre, et aux projets futurs qui se d\u00e9finissent et se pr\u00e9cisent peu \u00e0 peu.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh5.googleusercontent.com\/hHLgpXC3Or8nwJtdjmkO6XJPPd8ap1ht1bsBCXBBYNw2kc5UbQGjVmP33Rz5wG3VxIBWH6_Mc1Thc2ug4lU352NVRyYmcHWirfvaK7bOUp4tgKi19Aoc8qtwfUDHB0wb87k4TNWRgsm0uxklV4l-g4lSVuYL7oI_eG8oRtPvZxTmTk0lvb7q73jJDYtz9lEXq0JGp24jmw\" alt=\"Obsession Min\u00e9rale - Escalade et canyoning \u00e0 Rodellar et en Royans-Vercors\"><\/figure>\n\n\n\n<p><em>La ville de Leonidio domin\u00e9e par de grandes falaises ocre et rouges. Terrain de jeux formidable pour les grimpeurs. Ici Max dans la&nbsp; grande voie &nbsp;<\/em>Helones. La voie des tortues<em>&nbsp; ouverte par Philippe Mussatto.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">[Km 2641] La s\u00e9dentarisation, transition vers une fin<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">La magie op\u00e9r\u00e9e par les falaises lunaires de Leonidio cr\u00e9\u00e9 un curieux souffle sur nos c\u0153urs qui \u00e9teint la flamme du voyage et participe \u00e0 notre enracinement dans la r\u00e9gion. Associ\u00e9e \u00e0 une lassitude globale et des conditions climatiques tr\u00e8s humides sur l&rsquo;ensemble de la Gr\u00e8ce nous d\u00e9cidons d&rsquo;y rester jusqu&rsquo;\u00e0 la fin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Nous continuons \u00e0 explorer les falaises alentours mais la plupart du temps, sans prendre nos v\u00e9los. Ils demeurent attach\u00e9s au village et nous nous d\u00e9pla\u00e7ons gr\u00e2ce \u00e0 la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 sinc\u00e8re de nos amis gapen\u00e7ais Romain et Chlo\u00e9. Cela nous permet de d\u00e9couvrir de nombreux secteurs qui auraient \u00e9t\u00e9 p\u00e9nibles d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 v\u00e9lo comme Twin caves ou Kyparissi. Cependant, ce n&rsquo;est gu\u00e8re pratique de charger et d\u00e9charger incessamment nos huit sacoches, notre sac \u00e0 corde et nos sacs \u00e0 dos personnels. Nous perdons aussi l&rsquo;autonomie de d\u00e9placement que nous procuraient Joshua et Livingston ainsi que la saveur d&rsquo;un spot atteint par des moyens non motoris\u00e9s. Lors des mois pr\u00e9c\u00e9dents plus longue et difficile \u00e9tait l\u2019approche, plus puissant \u00e9tait l&rsquo;exhausteur de go\u00fbt, nous faisant appr\u00e9cier toutes les voies, m\u00eame les plus tortueuses. N\u00e9anmoins notre duo devenu quatuor fonctionne \u00e0 merveille et nous partageons ensemble de bons moments, simples et d\u00e9tendus au pied des voies, puis autour d&rsquo;un d\u00eener ou d&rsquo;un jeu de cartes. Une monotonie s&rsquo;installe entre les journ\u00e9es de grimpe et celles de repos, dans laquelle la pluie et l&rsquo;humidit\u00e9 viennent s&rsquo;immiscer, bousculant parfois les plans du jour ou du lendemain. L&rsquo;effervescence des deux premiers mois de voyage semble bien lointaine, mais aurions-nous \u00e9t\u00e9 capables de tenir le rythme plus longtemps ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Lors d&rsquo;une soir\u00e9e au Panjika, un homme entre dans le bar et s&rsquo;installe, seul, derri\u00e8re une table.&nbsp;<br>\u00ab&nbsp;Regardez le gars derri\u00e8re vous, nous souffle Romain, il s&rsquo;agit de Michel Piola.&nbsp;\u00bb<br>Ce grand monsieur est une r\u00e9f\u00e9rence absolue dans l&rsquo;\u00e9quipement des voies d&rsquo;escalade. Depuis 40 ans, il ouvre de nouveaux itin\u00e9raires \u00e0 Chamonix, son lieu de r\u00e9sidence, et sur les falaises du monde entier, dont la plupart sont devenus des classiques qui promettent \u00e0 chaque fois une formidable exp\u00e9rience aux grimpeurs qui les r\u00e9p\u00e8tent. Au d\u00e9but intimid\u00e9s et ne souhaitant pas le d\u00e9ranger nous n&rsquo;osons l&rsquo;aborder, mais finalement, nous lui demandons quels sont ses projets dans la r\u00e9gion. Et c&rsquo;est ainsi que nous nous retrouvons deux jours plus tard, encord\u00e9s \u00e0 la l\u00e9gende Piola, sur la vire de la grotte de Panagia pour le seconder dans l&rsquo;\u00e9quipement d&rsquo;une voie. Son approche est exemplaire : lorsqu&rsquo;il rep\u00e8re une ligne int\u00e9ressante, il s&rsquo;y attaque du bas, chaussons aux pieds, arm\u00e9 d&rsquo;un marteau et d&rsquo;un perforateur. Il d\u00e9crypte avec attention le rocher, purgeant les \u00e9cailles branlantes et les colonnettes fragiles, \u00e9tudiant les meilleurs emplacements pour les points d&rsquo;assurage. Les broches pos\u00e9es avec un scellement sont constitu\u00e9es d&rsquo;un inox qui r\u00e9siste aux conditions maritimes. Ce qui n&rsquo;est pas le cas des autres voies du secteur, dont les plaquettes classiques commencent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 rouiller apr\u00e8s quelques ann\u00e9es seulement. Et lorsqu&rsquo;il redescend sur la vire apr\u00e8s plusieurs heures suspendu dans le baudrier, c&rsquo;est avec le visage et les cheveux macul\u00e9s de poussi\u00e8re blanche, le sourire aux l\u00e8vres et les yeux d&rsquo;un bleu \u00e9clatant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Cette rencontre nous fait forte impression et nous donne envie nous aussi, d&rsquo;\u00e9quiper une voie un jour et de l&rsquo;offrir \u00e0 la communaut\u00e9 des grimpeurs. Et le surlendemain, lorsque la colle a bien s\u00e9ch\u00e9, nous retournons impatiemment sur cette voie toute neuve, et sommes les premiers grimpeurs \u00e0 l&rsquo;encha\u00eener. Premi\u00e8re First Ascent du voyage pour la team Bat&rsquo;kar\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Dans la s\u00e9rie des \u00e9quipeurs connus et reconnus dans le milieu de l&rsquo;escalade, Philippe Mussato tient \u00e9galement une place d&rsquo;honneur, c\u00e9l\u00e8bre pour l&rsquo;originalit\u00e9 et l&rsquo;engagement de ses lignes \u00e9quip\u00e9es depuis le bas. Lui aussi est venu \u00e0 Leonidio pour y laisser son itin\u00e9raire : Helones, la voie des tortues. Situ\u00e9e sur la grande face de Kokkinovrachos, la falaise rougeoyante qui surplombe la ville, sa voie remonte un pilier gris qui nous am\u00e8ne dans une grande grotte \u00e0 flanc de falaise pour nous faire repartir dans des toits monstrueux et du cr\u00e9pis rouge piquant. Le tout fait 200 m\u00e8tres de long dans une difficult\u00e9 soutenue autour du 6c+\/7a. C&rsquo;est un vrai bonheur de retrouver la grande voie, les derni\u00e8res datant du mois pr\u00e9c\u00e9dent dans les M\u00e9t\u00e9ores ! Et quelle d\u00e9lectation aussi de rechercher son cheminement sans suivre des prises toutes blanchies de magn\u00e9sie, comme c&rsquo;est le cas sur les secteurs tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9s de la vall\u00e9e. Mentalement, c&rsquo;est assez dur \u00e0 g\u00e9rer car les points sont relativement espac\u00e9s, et le rocher neuf \u00e0 tendance \u00e0 se casser. Nous ne souhaitons surtout pas faire tomber des rochers car des dizaines de personnes sont 100 m\u00e8tres en contrebas, en train de profiter des couennes de cette m\u00eame face. La sortie de la grotte, ultra-a\u00e9rienne et d\u00e9mesur\u00e9ment d\u00e9versante sur une dizaine de m\u00e8tres avec plus de 100 m\u00e8tres de gaz sous les fesses, nous laisse un souvenir imp\u00e9rissable. La voie des tortues de Mussato porte ce nom car le malicieux ouvreur a trouv\u00e9 dans la grotte et dispos\u00e9 sur une cordelette des carapaces de tortues, apport\u00e9es ici par des oiseaux de proies. \u0152uvre d&rsquo;art macabre qui fait n\u00e9anmoins son effet lors de l&rsquo;arriv\u00e9e dans la grotte !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Le soir m\u00eame suivant cette aventure, nos amis fran\u00e7ais rencontr\u00e9s \u00e0 la R\u00e9union, Anthony et Oc\u00e9ane, d\u00e9barquent \u00e0 Leonidio apr\u00e8s avoir suivi plus ou moins un trajet similaire au n\u00f4tre dans leur van. Et ils n&rsquo;arrivent pas les mains vides car ils ont tout le mat\u00e9riel n\u00e9cessaire pour tendre des highlines ! Nous retournons ainsi au secteur de La Maison des Ch\u00e8vres et ouvrons une belle ligne de 60 m\u00e8tres au-dessus des voies d&rsquo;escalade, sur deux arbres plus solides que dix broches en inox qui permettent \u00e0 tout le monde d&rsquo;en profiter sereinement deux jours durant. Pour faire honneur \u00e0 la R\u00e9union et pour garder l&rsquo;esprit du lieu nous la nommons <em>Ravine des Cabris<\/em>. Sans trop savoir comment, le mot a tourn\u00e9 dans la petite ville : les deux cyclos et leurs potes ont ouvert une ligne. Et le deuxi\u00e8me jour, nous voyons arriver un couple de slackliners franco-isra\u00e9lien Gat et Ronan qui viennent uniquement pour l&rsquo;essayer. Ils sont tous les deux extr\u00eamement dou\u00e9s et encha\u00eenent des figures impressionnantes se jouant des 50 m\u00e8tres de vides sous leurs pieds. Seul b\u00e9mol \u00e0 cet \u00e9pisode : pendant la nuit, la corde d&rsquo;Oc\u00e9ane servant de back-up g\u00e9n\u00e9ral est sectionn\u00e9e au couteau, en plein milieu&#8230; Nous suspectons d&rsquo;abord les ch\u00e8vres car il ne manque pas le moindre m\u00e8tre mais la coupure est beaucoup trop nette pour que ce soit le fait d&rsquo;un animal. Nous sommes tous tr\u00e8s surpris de cet acte de vandalisme tant les habitants de la vall\u00e9e font preuve d&rsquo;une amabilit\u00e9 et d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 formidable depuis notre arriv\u00e9e. Habituellement, m\u00eame les bergers nous saluent avec de grands gestes. Mais il faut bien en d\u00e9duire que la pr\u00e9sence envahissante des grimpeurs ne fait pas l&rsquo;unanimit\u00e9. Les jours suivants, nous projetons d&rsquo;autres highlines avec Gat et Ronan qui seront finalement avort\u00e9es par le vent et la pluie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Et finalement le voyage en roue et en cord\u00e9e arrive \u00e0 son terme, Clem d\u00e9cide de partir plus t\u00f4t avec Romain et Chlo\u00e9 en van pour prendre un ferry \u00e0 Patras et se faire d\u00e9poser non loin de Marseille. Quant \u00e0 Max, il quitte Leonidio avec Anthony et Oc\u00e9ane explorer pendant une petite semaine la r\u00e9gion de Patras, et notamment les secteurs de grimpe de Varasova et Kalogria.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh5.googleusercontent.com\/lxzTnprqO2vEK4XgKyp3J5zzxN_z0n136Rctf4PUxgGASTF9rLM9lUaVVbBcsRoKABTfcym983EkncJZ5QQRsY05zCj-BgCJLq4a27k5N_WC0G7moJrecV5OlZTxnEABW7QrctRG6g67G_GArjGzxSFGoy6Flos6GmJRm-zcD-74NWlXOgDBP_qXawsG4WKH6h6wOK-rHA\" alt=\"Obsession Min\u00e9rale - Escalade et canyoning \u00e0 Rodellar et en Royans-Vercors\"><\/figure>\n\n\n\n<p><em>Clem en \u00e9quilibre sur la derni\u00e8re highline de notre voyage nomm\u00e9e <\/em>Ravine des cabris<em>. Nous ouvrons cette ligne gr\u00e2ce au mat\u00e9riel d\u2019Anthony et Oc\u00e9ane. Juste en-dessous de forts grimpeurs envoient des essais dans <\/em>Capricone<em>, la ligne mythique de cette falaise cot\u00e9e \u00e0 8c+.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Il y a plusieurs fa\u00e7ons d&rsquo;appr\u00e9hender les derniers jours d&rsquo;une aventure : tenter d&rsquo;en tirer le maximum jusqu&rsquo;au bout quitte \u00e0 affronter la fatigue, risquer la blessure et se retrouver dans des gal\u00e8res de derni\u00e8res minutes, ou alors se d\u00e9tacher du moment pr\u00e9sent, se laisser doucement happer par les projets futurs et \u00e9teindre peu \u00e0 peu la flamme du voyage comme on r\u00e9duit celle d&rsquo;un r\u00e9chaud.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Dans un cas comme dans l&rsquo;autre, en ce qui concerne le projet <em>Bat&rsquo;kar\u00e9 en roue et en cord\u00e9e<\/em>, la fin du voyage n&rsquo;existe pas. Nous avons plut\u00f4t le sentiment d&rsquo;une transition car le retour s&rsquo;effectue au moment opportun, l&rsquo;esprit serein et bond\u00e9 de nouvelles envies. S&rsquo;il est encore trop t\u00f4t pour faire un bilan de l&rsquo;aventure, nous avons pr\u00e9cis\u00e9 en nous-m\u00eames nos aspirations pour la suite. Et au-del\u00e0 des souvenirs grandioses de ces mois de grimpe et de v\u00e9lo, de l&rsquo;exp\u00e9rience accumul\u00e9e dans les disciplines pratiqu\u00e9es, nous en avons appris \u00e9norm\u00e9ment sur ce qui nous affecte n\u00e9gativement et sur ce qui nous rend heureux. Ainsi, le corps et l&rsquo;esprit fortifi\u00e9, nous nous sentons capable de nager quelques brass\u00e9es suppl\u00e9mentaires dans le fleuve de l&rsquo;existence pour&nbsp; se positionner plus loin des tumultes, plus proche du bonheur. N&rsquo;est-ce pas l\u00e0, le sentiment ultime d&rsquo;une exp\u00e9rience r\u00e9ussie ?<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Liste des grandes voies r\u00e9alis\u00e9es pendant le voyage par ordre chronologique :<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><tbody><tr><td>Osp<\/td><td><em>Goldfinger<\/em>, 6c, 85m<\/td><\/tr><tr><td><\/td><td><em>italijanska smer<\/em>, 6b, 80m<\/td><\/tr><tr><td><\/td><td><em>Netopir<\/em>, 6c, 110m<\/td><\/tr><tr><td>Paklenica<\/td><td><em>Klin<\/em>, 6c+, 350m<\/td><\/tr><tr><td><\/td><td><em>Bears on toasts<\/em>, 6c+, 120m<\/td><\/tr><tr><td><\/td><td><em>Senza Pietta<\/em>, 6b+, 200m<\/td><\/tr><tr><td><\/td><td><em>BWSC<\/em>, 6c+, 220m<\/td><\/tr><tr><td><\/td><td><em>Jenjavi<\/em>, 7a+, 350m<\/td><\/tr><tr><td>Biokovo<\/td><td><em>Dalmatinski San<\/em>, 6b, 600m<\/td><\/tr><tr><td><\/td><td><em>Born to live<\/em>, 7b,&nbsp; 400m<\/td><\/tr><tr><td>M\u00e9t\u00e9ores<\/td><td><em>Duett<\/em>, 7a, 150m<\/td><\/tr><tr><td><\/td><td><em>Heureka<\/em>, 7b, 150m<\/td><\/tr><tr><td><\/td><td><em>Kiesel am Himmel<\/em>, 7a+, 180m<\/td><\/tr><tr><td><\/td><td><em>Action directe<\/em>, 6c, 240m<\/td><\/tr><tr><td><\/td><td><em>Orchidea<\/em>, 7b+, 140m<\/td><\/tr><tr><td>Leonidio<\/td><td><em>Helones : la voie des tortues<\/em>, 7a, 205m<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"836\" height=\"629\" src=\"https:\/\/obsessionminerale.com\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Carte-itineraire-bis.png\" alt=\"Obsession Min\u00e9rale - Escalade et canyoning \u00e0 Rodellar et en Royans-Vercors\" class=\"wp-image-3342\" srcset=\"https:\/\/obsessionminerale.com\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Carte-itineraire-bis.png 836w, https:\/\/obsessionminerale.com\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Carte-itineraire-bis-300x226.png 300w, https:\/\/obsessionminerale.com\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Carte-itineraire-bis-768x578.png 768w, https:\/\/obsessionminerale.com\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Carte-itineraire-bis-16x12.png 16w\" sizes=\"auto, (max-width: 836px) 100vw, 836px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Trajet effectu\u00e9 \u00e0 v\u00e9lo<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Liste des falaises visit\u00e9es :<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><tbody><tr><td>Italie<\/td><td>Grota Caterina<\/td><\/tr><tr><td>Slov\u00e9nie<\/td><td>Osp<\/td><\/tr><tr><td>Croatie<\/td><td>Buzet<\/td><\/tr><tr><td><\/td><td>Vela Draga<\/td><\/tr><tr><td><\/td><td>Paklenica<\/td><\/tr><tr><td><\/td><td>Omis<\/td><\/tr><tr><td><\/td><td>Markezina Greda<\/td><\/tr><tr><td><\/td><td>Marjan<\/td><\/tr><tr><td><\/td><td>Biokovo<\/td><\/tr><tr><td>Gr\u00e8ce<\/td><td>M\u00e9t\u00e9ores<\/td><\/tr><tr><td><\/td><td>Mouzaki<\/td><\/tr><tr><td><\/td><td>Nauplie<\/td><\/tr><tr><td><\/td><td>Leonidio<\/td><\/tr><tr><td><\/td><td>Kyparissi<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Bat&#039;kar\u00e9 en Roue et en Cord\u00e9e -  Le film\" width=\"770\" height=\"433\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/CBoOwYPmpfU?start=8&#038;feature=oembed&#038;enablejsapi=1&#038;origin=https:\/\/obsessionminerale.com\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; 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